Depuis des mois, le discours au sommet de l’État reste le même : pour sauver les comptes publics, chaque ménage français doit fournir un effort supplémentaire. Cette semaine, le gouvernement évoque un nouvel effort pour les Français, et celui-ci serait évalué entre 3 000 et 4 000 euros par an. Ce chiffre ne sort pas de nulle part, il est repris noir sur blanc dans une note récente du think tank socialiste Terra Nova, très proche du pouvoir. L’idée est simple, presque brutale : puisque la dette explose, il faudrait faire payer tout le monde un peu plus, tous les ans, pendant des années.
Sauf que, fidèle à sa culture interventionniste, ce cercle de réflexion ne remet jamais en cause la gabegie de dépense publique. Il propose essentiellement d’augmenter la fiscalité, en particulier sur la consommation, l’épargne et les retraités. Terra Nova est financé, directement ou indirectement, par de l’argent public et fonctionne en symbiose avec une partie de la haute administration et des réseaux mondialistes pour qui la solution passe toujours par davantage de prélèvements, jamais par une remise en ordre de l’État lui-même.
Dans un pays où les prélèvements progressent sans pause, beaucoup de Français en viennent à une conclusion dangereuse pour leur avenir patrimonial : « on va se faire matraquer de toute façon, mieux vaut ne plus investir, attendre, rester liquide, se contenter de produits non fiscalisés ». C’est le piège parfait. Baser sa stratégie d’investissement uniquement sur la fiscalité du moment revient à tourner en rond dans un couloir qui se rétrécit. Les règles changent tous les six mois et attendre pour « voir venir » revient à subir.
L’enjeu n’est pas de nier la violence fiscale actuelle, bien réelle, mais de refuser qu’elle conduise à l’immobilisme. Car dans un environnement où l’inflation ronge tout et où le Livret A retombe vers des rendements dérisoires, ne pas investir, c’est accepter d’être appauvri en silence.
Une France déjà au sommet du prélèvement et de la dépense
Avant même de parler des plans Terra Nova ou des futures hausses de CSG, il faut regarder la ligne de départ. En 2024, le taux de prélèvements obligatoires en France atteint 42,8% du PIB selon l’Insee, après un pic à plus de 46% en 2022, ce qui place le pays parmi les champions mondiaux du prélèvement.
Dans le même temps, la dépense publique représente environ 57% du PIB en 2024, l’un des niveaux les plus élevés de la zone euro, juste derrière la Finlande. La France consacre donc déjà plus de la moitié de sa richesse produite à des dépenses publiques, tout en conservant un déficit massif : autour de 5,8% du PIB en 2024, et une dette qui dépasse 3 300 milliards d’euros, soit plus de 112% du PIB.
Autrement dit, le pays cumule deux records peu enviables : niveau d’impôts parmi les plus élevés des pays développés et dette publique hors de contrôle. Le problème n’est pas que les Français ne paient pas assez, mais que l’appareil étatique consomme plus qu’il ne peut raisonnablement financer.
À partir de ces constats, prétendre qu’il suffirait de rajouter 3 000 à 4 000 euros par an et par ménage pour « sauver » les finances publiques relève plus de la fuite en avant que de la gestion responsable.
Le plan Terra Nova, mode d’emploi d’une punition fiscale généralisée
La note de Terra Nova sur les comptes publics propose un ajustement d’environ 120 milliards d’euros par an, soit précisément ce que reprennent certains membres du gouvernement pour justifier l’« effort » demandé aux ménages.
La méthode repose sur trois axes principaux.
- S’attaquer aux retraités, accusés de trop épargner
Terra Nova explique que le taux d’épargne dépasse 25% du revenu au-delà de 75 ans, et que cette « sur-épargne » serait une réserve à ponctionner sans impact récessif majeur. D’où une liste de leviers :
- Désindexer les pensions de l’inflation, au moins pour les retraites moyen-hautes ;
- Supprimer l’abattement de 10% sur le revenu imposable des retraités, qui coûte environ 4,8 milliards par an ;
- Relever la CSG sur les pensions les plus élevées ;
- Remettre en cause certains avantages successoraux, notamment sur l’assurance vie.
L’objectif affiché est de réduire de moitié le taux d’épargne des retraités pour récupérer environ 40 milliards d’euros par an, soit un tiers de l’ajustement budgétaire visé.
- Faire payer tout le monde via une hausse massive de la TVA
Deuxième étage de la fusée, la consommation. Terra Nova propose de porter la TVA aujourd’hui à 20% vers 23% ou 25%, en expliquant que la France serait ainsi alignée sur des pays comme la Suède (25%) ou la Finlande (24%), voire l’Italie (22%).
Selon leurs calculs, une hausse à 23% dégagerait environ 34 milliards de recettes supplémentaires, et un passage à 25% rapporterait plus de 50 milliards. Cette taxe frapperait indistinctement les classes populaires, les classes moyennes et les entreprises, puisqu’elle renchérit tout ce qui est consommé sur le territoire.
- Relever la fiscalité sur salaires et capital
Enfin, Terra Nova propose d’augmenter la CSG sur les revenus d’activité et du capital. Un simple relèvement d’un point, de 9,2% à 10,2% par exemple, générerait selon eux près de 14,6 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
Le message implicite est assumé : ne surtout pas remettre en question la taille de l’État, ni ouvrir de vrais chantiers sur la fraude sociale ou l’efficacité des dépenses, mais organiser une montée en puissance continue des prélèvements. Les « boucs émissaires » classiques – riches, grandes entreprises, immigration, travail au noir – servent surtout de distraction, puisque la note insiste sur l’idée de faire contribuer tout le monde, sans exception. Bref le plan rêvé pour affaiblir encore un peu plus le pays afin d’en prendre le contrôle total.
Quand la théorie économique avertit que trop d’impôt finit par tuer l’impôt
La logique de Terra Nova ignore sciemment un point pourtant bien connu en économie : au-delà d’un certain niveau, augmenter les taux n’augmente plus les recettes, voire les réduit. C’est le principe de la courbe de Laffer, qui décrit la relation entre taux de taxation et recettes : à 0% d’impôt, l’État ne collecte rien, mais à 100%, il ne collecte pas davantage, car plus personne n’a intérêt à travailler ou investir. Entre les deux, il existe un point où les recettes sont maximales. Au-delà, la hausse des taux fait fuir l’assiette.
Concrètement, quand un pays cumule déjà plus de 40% de prélèvements obligatoires, plus de 57% de dépenses publiques et une dette supérieure à 110% du PIB, chaque nouvelle hausse fiscale crée :
- Plus d’incitations à optimiser ou à frauder ;
- Plus de départs de capitaux et de talents ;
- Moins d’investissement productif ;
- Plus de défiance vis-à-vis des règles du jeu.
On le voit déjà dans d’autres pays européens qui ont expérimenté des hausses agressives d’impôt sur les hauts revenus : les recettes supplémentaires sont souvent bien inférieures aux projections, une fois intégrés les effets de comportement.
Persister dans cette voie sans s’attaquer au cœur du problème – l’ampleur et l’inefficacité d’une partie de la dépense publique – revient à scier progressivement la branche fiscale sur laquelle l’État est assis.
La nouvelle offensive sur l’épargne, avec une flat tax à 31,4%
La dernière illustration de cette fuite en avant, c’est le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. L’Assemblée nationale a voté une hausse de la CSG sur les revenus du capital, de 9,2% à 10,6%. En ajoutant la CRDS et le prélèvement de solidarité, les prélèvements sociaux passeraient de 17,2% à 18,6%. Résultat mécanique : la flat tax, aujourd’hui à 30% (12,8% d’impôt + 17,2% de sociaux), grimperait à 31,4%.
Cette mesure toucherait directement :
- Les comptes-titres ordinaires (CTO) ;
- La plupart des dividendes et intérêts taxés au PFU ;
- Les plus-values mobilières hors régimes spécifiques ;
- Les PEA et PEA-PME sur la partie soumise aux prélèvements sociaux ;
- Les livrets bancaires fiscalisés et certains comptes à terme.
Certains placements resteraient partiellement épargnés (immobilier détenu en direct, assurance vie selon l’antériorité et le mode d’imposition, livrets réglementés comme le Livret A ou le LDDS), mais l’orientation générale est limpide : alourdir le coût de l’épargne financière, donc décourager la détention d’actions et d’obligations en direct ou via des enveloppes fiscalisées.
Le paradoxe est total. Les mêmes responsables politiques répètent qu’il faudrait « orienter l’épargne des Français vers le financement des entreprises » et la transition énergétique, tout en rendant chaque euro de performance boursière un peu moins attractif après impôts. On se demande où ils ont mis la caméra cachée.
Livret A, inflation et ETF mondiaux : rester immobile, c’est perdre à coup sûr
Face à ce matraquage fiscal, la tentation est grande de se réfugier sur les produits non imposables, à commencer par le Livret A. Mais ce refuge est trompeur.
Au 1er février 2025, le Livret A était rémunéré à 2,4%, puis il descendu à 1,7% depuis le 1er août 2025, sans compter que plusieurs scénarios anticipent une nouvelle baisse autour de 1,5% en 2026 si l’inflation continue de ralentir. Même net d’impôts, un rendement de 1,5 à 1,7% dans un monde où l’inflation structurelle tourne autour de 2% ou plus signifie une perte de pouvoir d’achat année après année.
En face, les marchés actions mondiaux racontent une autre histoire.
- L’indice MSCI World, qui regroupe les grandes capitalisations des pays développés, affiche historiquement un rendement annuel moyen de l’ordre de 8% avant inflation sur le long terme.
- Le S&P 500, principal indice américain, a délivré un rendement annualisé d’environ 10,1% entre 1928 et 2025, dividendes réinvestis.
Imaginons un ETF mondial qui reproduit ces performances passées de 8 à 10% par an. Avec une flat tax à 31,4%, un rendement brut de 8% se transforme en environ 5,5% net d’impôts (hors frais) ; un rendement de 10% net se situe autour de 6,8%.
Comparer 1,5% sur un Livret A non fiscalisé à 5,5% ou 6,8% net sur un ETF diversifié, c’est comprendre l’essentiel :
- Oui, la fiscalité sur le capital devient plus lourde ;
- Mais le véritable ennemi n’est pas seulement l’impôt, c’est l’érosion silencieuse par l’inflation et le manque de rendement.
Mieux vaut être prélevé à 31,4% sur un placement qui bat clairement l’inflation que de se contenter d’un rendement nominal faible simplement parce qu’il est « défiscalisé ».
Construire une stratégie patrimoniale qui ne dépend pas des humeurs fiscales
Dans une telle situation, la pire réaction serait le renoncement. La fiscalité française est instable, politisée et de plus en plus lourde, c’est un fait. Mais elle ne doit pas devenir le seul critère de décision.
Quelques principes simples peuvent aider à reprendre la main :
- Raisonner toujours en rendement réel net d’impôts, c’est-à-dire après fiscalité et après inflation ;
- Diversifier les enveloppes : PEA, assurance vie, PER, CTO, immobilier, épargne de précaution bien calibrée, plutôt que tout concentrer sur un seul produit présenté comme « intouchable » ;
- Accepter que les règles changent et intégrer ce risque politique dans sa stratégie, comme on intègre le risque de marché ;
- Privilégier l’investissement progressif et de long terme, notamment via des ETF diversifiés, plutôt que d’essayer de « timer » la prochaine mesure fiscale ;
- Garder une part de liquidités sécurisées pour les imprévus, mais ne pas transformer la totalité de son patrimoine en épargne de précaution rémunérée en dessous de l’inflation.
L’agenda des mondialistes et des technocrates français est clair : maintenir un niveau de prélèvement élevé tout en imposant aux ménages une épargne abondante, mais orientée vers des supports qui financent la dette publique à bas coût. À chacun de refuser ce rôle de figurant passif en reprenant le contrôle de ses arbitrages.
Les hausses de TVA, de CSG ou de flat tax sont réelles, et elles pénalisent objectivement les investisseurs français. Mais renoncer à investir par peur de cette fiscalité extrême, c’est offrir au système exactement ce qu’il attend : une population qui s’appauvrit lentement, sans bruit, en restant immobile.
Ceci n’est pas un conseil en investissement mais un partage d’information. Faites vos propres recherches. Il y a un risque de perte en capital.