La France s’apprête à avaler une potion d’austérité. Le 15 juillet 2025, le Premier ministre François Bayrou a dévoilé un plan de 43,8 milliards d’euros d’économies pour 2026, destiné à ramener le déficit public de 5,4% à 4,6% du PIB l’an prochain puis à 2,8% d’ici 2029. Derrière l’objectif de redresser les finances d’un État surendetté, ce « Plan Bayrou » aligne des mesures drastiques qui font polémique. Beaucoup y voient un énième coup de massue contre les Français, sans la réforme de fond de la dépense publique. Beaucoup fustigent un plan « anti-France » qui s’attaque au peuple plutôt qu’aux gaspillages de l’État, et même certains experts jugent ces arbitrages injustes autant qu’inefficaces.
Un saccage social que les Français n’accepteront jamais
Bayrou propose de supprimer deux jours fériés : le lundi de Pâques et le 8 mai.
Le but affiché est de faire travailler tout le pays deux jours de plus par an pour doper la production et générer « plusieurs milliards » de recettes supplémentaires. Cette mesure choc est loin de faire l’unanimité car la suppression du lundi de Pâques et du 8 mai comme jours fériés est une insulte directe au peuple français. C’est une attaque en règle contre les travailleurs, à qui l’on vole deux jours de repos sans compensation, dans un pays déjà exténué par les hausses de charges et la stagnation des salaires. Mais c’est aussi une trahison symbolique, supprimer le 8 mai, c’est effacer la mémoire de nos résistants et des soldats tombés pour libérer la France. Supprimer le lundi de Pâques, c’est mépriser nos traditions culturelles et spirituelles chrétiennes.
Certains opposants expliquent que la proposition de supprimer ces deux jours fériés sert à faire diversion. Il s’agit de deux journées importantes dans la culture du pays. Les partis, tels que le RN ou d’autres ont déjà pris position pour la sauvegarde de ces privilèges. Et, pendant que les partis politiques se déchirent sur ce point, d’autres mesures bien plus menaçantes risquent de passer.
Une austérité brutale sous prétexte de redressement
François Bayrou a planté le décor sans ambages : « Nous sommes en danger gravissime. Il faut sortir de l’endettement et travailler plus », a-t-il martelé, rappelant que la dette française dépasse 3 300 milliards d’euros et enfle de 5 000€ par seconde.
Pour conjurer cette « malédiction du surendettement », le chef du gouvernement administre donc une « potion amère », un plan d’économies pour que l’État « ne dépense pas un euro de plus en 2026 qu’en 2025 ».
Concrètement, tous les ministères et budgets sont mis à contribution, des aides sociales aux collectivités locales. Bayrou promet de « stabiliser la dépense et réduire le train de vie de l’État » afin de stabiliser la dette dès 2029. L’intention se veut responsable, mais la rudesse et la cible des mesures font grincer des dents.
La France vivrait ainsi en 2026 une « année blanche » budgétaire…
Aucune indexation sur l’inflation, ni les pensions de retraite, ni les prestations sociales (RSA, allocations logement…), ni les salaires des fonctionnaires ne seraient augmentés, malgré la hausse des prix. Même les barèmes de l’impôt sur le revenu et de la CSG seraient gelés, ce qui équivaut à une hausse d’impôt déguisée puisque les seuils ne bougeraient pas. L’État espère ainsi économiser 7 milliards d’euros en 2026.
… et toujours plus de taxes
Le plan prévoit aussi diverses hausses de prélèvements ciblées. Une « contribution de solidarité » sur les hauts revenus sera instaurée pour faire contribuer les plus aisés. De même, les retraités mieux lotis verront leur avantage fiscal réduit, via la réforme de l’abattement de 10% sur leurs pensions (remplacé par un forfait annuel moins généreux). Par ailleurs, l’exécutif promet de « traquer les niches fiscales et sociales inutiles » : des dispositifs jugés inefficaces seront supprimés. Enfin, encore une taxe, une de plus ! On parle ici d’une taxe sur les petits colis qui va être proposée pour « protéger le commerce de proximité ». On croit rêver quand on sait le mal que fait ce gouvernement aux petites entreprises et à la production paysanne locale. En clair, rendre plus chères les livraisons de colis e-commerce afin d’inciter à acheter local. Combinées, ces mesures doivent théoriquement réduire le déficit et éviter le naufrage financier.
Les Français se serrent la ceinture, l’État épargné ?
Si le gouvernement vante un effort « collectif » touchant « toutes les catégories de Français », beaucoup accusent au contraire le Plan Bayrou de faire payer les citoyens plutôt que l’appareil d’État.
En effet, presque toutes les annonces se traduisent par une perte de pouvoir d’achat ou de droits pour la population, ni prestations ni retraites ni salaires ne seront revalorisés, ce qui rogne le niveau de vie de millions de ménages actifs comme retraités. La suppression de deux jours fériés prive les salariés de ces repos annuels.
Enfin, une nouvelle taxe sur les colis et un impôt « de solidarité » sur les revenus élevés alourdiront encore la note – dans un pays déjà champion des prélèvements obligatoires.
Pendant ce temps, quel effort l’État consent-il sur lui-même ? Certes, M. Bayrou promet de ne pas remplacer un fonctionnaire sur trois partant à la retraite, et d’éliminer quelques « agences improductives » (1 000 à 1 500 emplois supprimés à la clé). Ces gestes vont dans le bon sens, mais ils paraissent bien timides. 1 500 postes en moins sur des millions : une goutte d’eau. Et ne remplacer qu’un départ sur trois revient à réduire les effectifs de 0,05% par an, un rythme imperceptible. Aucune fermeture de ministère ni “coup de balai” administratif d’ampleur n’a été annoncée. On reste dans la demi-mesure, loin du grand ménage que certains jugent nécessaire pour « dégraisser le mammouth » bureaucratique.
Surtout, de nombreuses dépenses publiques parasites restent intouchées. Le plan Bayrou ne prévoit aucune coupe dans les généreuses subventions aux syndicats, ni dans la myriade d’associations militantes subventionnées, pas plus que dans les aides aux médias soutenus par l’État. Il ne dit mot sur l’excès de normes et la bureaucratie de contrôle, ni sur le coût d’une immigration incontrôlée (aides sociales versées sans contrepartie). Aucune de ces gabegies n’est remise en question. Aux yeux de ses détracteurs, le gouvernement préfère s’attaquer à ce que les Français veulent préserver, tout en épargnant ce qui mine le pays. On vide les poches des classes moyennes, mais on laisse perdurer ces rentes et dérives par idéologie ou clientélisme.
Un impact douteux, un risque politique certain
L’efficacité du Plan Bayrou est mise en doute. 44 milliards d’économies, c’est loin d’être suffisant. Ce montant ne couvre même pas le surcoût des intérêts de la dette (~70 Mds € à payer en 2024, et possiblement 100 Mds€ en 2025).
« Et on parle de 40 milliards d’économies ? C’est une blague. » raille l’économiste Marc Touati, qui accuse la France de « maquiller son naufrage » et de faire payer les Français plutôt que de se réformer. De fait, les dépenses de fonctionnement de l’État ont bondi d’environ +100 Mds€ depuis 2021 (+22%), signe d’un appareil public toujours plus coûteux. Sans choc structurel pour inverser cette dérive, ces coupes ponctuelles risquent de ne pas suffire à restaurer la confiance financière.
Par ailleurs, la cure austère pourrait aggraver le mal. En compressant prestations sociales et salaires, on freine la consommation et donc la croissance, les maigres gains budgétaires risquent d’être annulés par la récession induite. Autrement dit, l’effet comptable espéré pourrait fondre à cause du ralentissement économique.
Le pari politique du gouvernement, lui, s’annonce tout aussi risqué. L’accueil est explosif : syndicats et oppositions dénoncent une « violence sociale » inédite. Plusieurs partis ont promis une motion de censure à la rentrée. Si le gouvernement Bayrou chutait en septembre sur ce budget, la France ferait face à une double crise, politique d’abord, financière ensuite avec une flambée des taux d’intérêt. Au final, cela ne ferait qu’aggraver la récession, le déficit et la dette – tout l’inverse du but affiché. Un fiasco total, commentent déjà certains en ironisant : « Bravo ».
L’Argentine de Milei : l’exemple du choc salvateur
Face à l’ampleur du problème, d’autres prônent une réponse bien plus radicale – à l’image de l’Argentine. Ce pays, englué dans la dette et l’hyperinflation, a élu fin 2023 Javier Milei sur la promesse d’un remède de cheval ultra-libéral.
Un an plus tard, la thérapie de choc Milei semble porter ses fruits. La dépense publique a été réduite d’un tiers en un an (-35%), au prix de mesures drastiques comme la suppression de ministères et de milliers de postes de fonctionnaires, l’arrêt des subventions, gel des salaires publics malgré l’inflation, la privatisations tous azimuts. Résultat, l’inflation a été freinée et les comptes publics se redressent, sans briser le soutien populaire (Milei demeure au-dessus de 50% d’opinions favorables). Épuisés par des années de marasme, les Argentins acceptent ces sacrifices dans l’espoir d’un redressement durable. « Aux grands maux les grands remèdes », répète Milei.
L’“expérience Milei” prouve qu’un État au bord de la faillite peut se remettre à flot au prix d’un électrochoc assumé. Certes, la France n’est pas l’Argentine : notre situation, aussi préoccupante soit-elle, n’atteint pas (encore) de tels extrêmes. Toutefois, la leçon de Buenos Aires résonne à Paris, faute de courage pour réformer en profondeur, un pays finira contraint à des coupes encore plus brutales. Le gouvernement Bayrou se contente de demi-mesures qui mécontentent tout le monde sans assainir structurellement les finances, tandis que la réussite initiale de Milei illustre l’efficacité d’une approche globale assumée. Quand l’appareil d’État consent lui aussi de vrais sacrifices, la confiance et la prospérité peuvent renaître.
Sources : info.gouv.fr, latribune.fr, lefigaro.fr, sudradio.fr, institutmontaigne.org, bfmtv.com, lemonde.fr.
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