Economie de guerre : faut-il craindre l’arrivée de l’hyperinflation ?

Modifié le - Auteur Par Nantcy L
Economie de guerre : faut-il craindre l’arrivée de l’hyperinflation ?

INTERVIEW.

Pénuries d’énergie, flambée des prix à la consommation… Avec la crise exceptionnelle actuelle, le spectre de l’hyperinflation inquiète les économistes. Ce phénomène tant redouté pourrait-il se produire en France ? Le point avec Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l’épargne.

Depuis quelques mois déjà, l’inflation perdure. « En juillet 2022, les prix à la consommation augmentent de 0,3 % sur un mois et de 6,1 % sur un an, après +5,8 % en juin », indique l’Insee dans son dernier rapport. « Cette hausse de l’inflation résulte de l’accélération des prix des services (+3,9 % après +3,3 %), de l’alimentation (+6,8 % après +5,8 %), et dans une moindre mesure des produits manufacturés (+2,7 % après +2,5 %) », détaille l’institut de statistiques. Quant aux prix de l’énergie, ils ralentissent légèrement (+28,5 % après +33,1 %). Toutefois, cette flambée des prix va se prolonger. Ce phénomène, accentué par les pénuries d’énergies et le conflit russo-ukrainien qui plombe l’économie, inquiète de plus en plus les économistes du monde entier. D’autant qu’en France, le gouvernement réoriente une part conséquente des dépenses de paix vers des dépenses de guerre. Se dirige-t-on alors vers une économie de guerre et une hyperinflation ?

Inflation : la France est-elle réellement entrée dans « une économie de guerre » ?

Le 15 juin dernier, Emmanuel Macron a déclaré que la France est entrée dans une « économie de guerre », soit une économie au sein de laquelle les besoins de la guerre sont satisfaits en priorité. Comment vont-ils être financés ?

Économie de guerre : une nouvelle loi de programmation militaire couplée aux réformes sociales

Le chef de l’État entend faire voter dès l’année prochaine une nouvelle loi de programmation militaire. Voici ce qu’il a annoncé :

« Nous aurons besoin d’une nouvelle planification, d’investissements ajustés dans la durée et des investissements qui s’inscriront dans une vision large qui articule notre souveraineté, notre indépendance de décision, notre vision du monde, avec les engagements et les réponses élaborées avec nos alliés dans le cadre de la Boussole stratégique de l’Union européenne, du concept stratégique de l’OTAN et des partenariats stratégiques qui structurent notre action. »

Or, comme indiqué dans son allocution télévisuelle du 14 juillet 2022, « il n’y a pas de modèle social s’il n’y a pas de travail pour le financer. » Les différentes réformes – retraite, assurance chômage, RSA, etc.- vont donc se poursuivre. Comment vont-elles être commanditées et quelles en seront les conséquences monétaires qui se cumulent aux pénuries, à l’inflation galopante et à un euro faible ?

Inflation et économie de guerre : « De la pure communication »

« Il est vrai que le président a utilisé le terme « économie de guerre ». C’est selon moi de la pure communication », estime Philippe Crevel, économiste. « L’objectif est ici de mobiliser et préparer la population à d’éventuelles pénuries et d’éventuels problèmes à l’automne, en espérant que le gouvernement et les pouvoirs publics parviennent à les surmonter. D’ailleurs, pour limiter les effets d’inflation, l’exécutif a instauré diverses mesures de soutien au pouvoir d’achat des ménages : bouclier tarifaire, ristournes à la pompe, chèques alimentaires… et autres aides pour soutenir les foyers les plus modestes, via les dépenses publiques. C’est donc essentiellement par l’endettement que l’on réduit les conséquences de situations particulières provoquées par la crise ukrainienne », rappelle l’économiste. « Il n’y aura pas de nouveaux impôts à court terme. À moyen terme, cela est moins certain, car il faudra un jour ou l’autre que l’on arrête de financer à crédit les dépenses publiques », observe-t-il.

Jusqu’à combien l’inflation pourrait-elle grimper ?

Inflation : les prix pourraient-ils quadrupler en France ?

Dans l’histoire, une soixantaine de cas d’hyperinflation a été observée. En voici les raisons.

Hyperinflation : la situation actuelle est-elle comparable à celle de 1923 en Allemagne ?

Pour rappel, « l’hyperinflation survient lorsqu’on ne contrôle plus du tout la situation au niveau des prix. Il y a alors un emballement à chaque cycle, un relèvement du niveau de l’inflation. Le taux peut par exemple passer de 5 à 40 % sur une période extrêmement courte, car tous les agents économiques anticipent à la hausse l’inflation à venir, en doublant leurs prix par exemple. Quand les pouvoirs publics et les banques centrales n’arrivent plus, par les traditionnels taux d’intérêt, à empêcher la transmission et amplification inflationniste dans un laps de temps très rapide », explique l’expert.

C’est ce qui est arrivé en Allemagne, en 1923. Cet événement a marqué durablement les esprits : les prix avaient triplé, voire quadruplé en quelques heures seulement, en raison de l’effondrement militaire du pays et des bouleversements politiques et sociaux qui en ont découlé. Plus récemment, le Venezuela y a fait face, au cours de la décennie 2010. Un tel événement pourrait-il se reproduire aujourd’hui dans l’Hexagone ?

« La situation en 2022 n’est pas comparable à celle de 1923 en Allemagne, car il y avait une véritable défiance contre la monnaie à la suite de la Première Guerre mondiale et aux demandes de réparations des vainqueurs et alliés. Cela avait entraîné un déficit public important et une perte de confiance dans la monnaie. Ce qui n’est pas le cas dans le contexte actuel. Il faut espérer que cela n’arrive pas à court, moyen et long terme », analyse le directeur du Cercle de l’épargne.

« L’inflation actuelle est provoquée par une série de chocs d’offres extérieures : augmentation des cours de l’énergie (pétrole, gaz), des matières premières et autres produits agricoles… Nul ne sait combien de temps cela va durer. Cela va dépendre de l’évolution de la guerre en Ukraine et de la politique des pays producteurs de pétrole », détaille-t-il.

Et de tenter de rassurer : « Pour le moment, on est loin de cette situation catastrophe. Pour arriver à un tel enchaînement, à une spirale inflationniste de grande ampleur, il faudrait que la situation s’emballe et se détériore, avec une répercussion rapide sur les augmentations de prix, sur les salaires et autres produits. De leur côté, les banques centrales ne parviendraient plus à contrôler la situation. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, il n’y a pas de corrélation avec ce que nous vivons aujourd’hui et la situation vécue par les Allemands au début des années 20 », assure le fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata.

Inflation : elle pourrait atteindre 10 % à la fin de l’année

« Globalement, il y a une forte incertitude au niveau des prix liée à la situation en Ukraine et aux pays producteurs de pétrole. Si les cours continuent à se détendre sur les marchés pétroliers comme c’est le cas depuis plusieurs semaines, il y aura moins d’inflation cet automne. Par ailleurs, des tensions sur le marché pétrolier à la rentrée et des pénuries de gaz pourraient engendrer un rebond inflationniste, estimé en moyenne à 10 % d’ici à la fin de l’année. Soit un niveau non atteint depuis le second choc pétrolier », prévient le spécialiste des questions macroéconomiques.

Quel pourrait être son impact sur le pouvoir d’achat et l’épargne des Français ?

« La forte compensation aujourd’hui de la part de l’état permet de limiter les effets sur le pouvoir d’achat des Français. Avec une inflation à 10 % et selon la politique de soutien mise en place par l’exécutif, le risque de baisse de pouvoir d’achat se situe entre 3 et 4 %. Pour le moment, les Français ne puisent pas dans leur épargne, mais la consommation se contracte légèrement, car les ménages font plus attention à leur argent et réduisent leurs dépenses », note-t-il.

Et de conclure : « Nous n’avons pas connu une situation d’hyperinflation en France, mis à part peut-être vers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, où l’inflation était de 40 à 50 %. Aujourd’hui, cela créerait d’importantes tensions sociales et une véritable économie de guerre. Cela serait compliqué à gérer et des mesures relativement dures seraient prises par le pouvoir public pour éviter l’effondrement de la monnaie. Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’en Europe, nous avons une monnaie commune. Si un État entre en hyperinflation, il met l’Euro en danger. » Le manque d’argent déclencherait alors des faillites massives, ce qui ferait exploser le taux de chômage. Les politiciens pourraient alors réagir en :

  • Fixant des prix
  • Bloquant les loyers,
  • Interdisant l’achat d’or,
  • Supprimant des libertés individuelles
  • Etc.

Un effondrement monétaire pourrait survenir et une nouvelle monnaie pourrait être créée. N’oublions pas la volonté de la BCE de promouvoir leur fameux MNBC : l’euro numérique

La vidéo pour tout comprendre :

Par Nantcy L

Journaliste plurimedia depuis 15 ans, je m'intéresse à différents univers : économie, lifestyle, société, culture, psycho & développement personnel... Pour Comparateurbanque.com je vous livre, à l'aide d'experts, des conseils pour mieux gérer votre argent.

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