Variation des taux directeurs : quel impact ont les banques centrales sur notre pouvoir d’achat ?

Modifié le - Auteur Par Nantcy L
Variation des taux directeurs : quel impact ont les banques centrales sur notre pouvoir d’achat ?

INTERVIEW.

Si, en raison de l’inflation, l’ensemble des courants politiques s’accordent à dire qu’il faut protéger le pouvoir d’achat des Français, le gouvernement en a-t-il réellement la faculté ? Quel rôle joue la Banque centrale européenne (BCE) ? Éléments de réponse.

Essence, courses, électricité… Depuis le début de l’année, l’inflation fait rage et impacte notre quotidien. Selon l’estimation provisoire réalisée en fin de mois par l’Insee, sur un an, « les prix à la consommation augmenteraient de 5,8 % en juin 2022, après +5,2 % le mois précédent ». Cette hausse serait due « à une accélération des prix de l’énergie et de l’alimentation », note l’Institut de statistiques. Quant aux prix des services, ils « progresseraient au même rythme » qu’en mai dernier, tandis que « ceux des produits manufacturés ralentiraient ».

La question du pouvoir d’achat, qui a été au cœur de la campagne présidentielle et des élections législatives, est désormais l’une des priorités du gouvernement. A-t-il cependant un réel pouvoir de protection ? S’il peut prendre différentes mesures, il ne possède pas l’arme principale pour lutter contre l’inflation. Cette dernière est détenue par les banques centrales, soit la BCE (Banque Centrale Européenne) sur le vieux continent. Car ce sont ces établissements qui déterminent le niveau des taux directeurs. À quoi servent-ils précisément et quel est leur impact sur notre vie quotidienne ?

Pouvoir d’achat : la gestion de la politique monétaire déléguée à la BCE

« Actuellement, il est bon de rappeler qu’en Europe, les pays membres (19) de la zone Euro (dont la France et la Belgique) ont délégué la gestion de la politique monétaire à la Banque Centrale Européenne (BCE) », indique Ugo Setti, directeur commercial (CCO) chez Buy Way Personal Finance.

Taux directeurs : à quoi servent-ils ?

« La BCE établit donc les taux directeurs pour la zone Euro. Concrètement, elle intervient dans cette zone pour fixer la quantité d’euros en circulation et fixe les taux du loyer de l’argent », détaille l’expert.

« La BCE fixe pour la zone Euro les taux d’intérêts au jour le jour pour réguler l’activité économique. L’idée de base en Europe était surtout d’éviter l’inflation (hausse des prix) mais rapidement le soutien économique est devenu important (baisse des taux). En réalité, la BCE fixe trois taux :

  • Le taux de refinancement (Refi) : 0,00 % actuellement
  • Le taux marginal :0,25 % à ce jour
  • Le taux de rémunération des dépôts : – 0,50 % à l’heure actuelle

Le taux de refinancement est le taux le plus important, car il fixe le coût de l’argent pour les banques commerciales », note Ugo Setti. Quel est d’ailleurs le lien entre les banques commerciales et les banques centrales ?

La BCE, banque des banques commerciales

« Les banques commerciales vont collecter des dépôts et prêter l’argent collecté. Elles utilisent la BCE pour elles-mêmes replacer leur liquidité et emprunter pour assurer la liquidité de leurs opérations. La BCE est donc la banque des banques commerciales. Un particulier ne peut traiter directement avec la BCE, il doit passer par une banque commerciale. Ce particulier retrouvera dans le taux de son crédit le taux de la BCE, plus la marge dudit établissement commercial », assure l’expert en blockchain, cryptomonnaies et investissements.

Le niveau des taux directeurs est de ce fait déterminant pour l’économie et notre quotidien.  Que se passe-t-il lorsqu’ils sont trop élevés ?

Remontée des taux directeurs : un frein à l’économie

Selon Ugo Setti, « l’objectif de remonter les taux est de freiner l’économie pour que celle-ci ne surchauffe pas et que la monnaie ne se déprécie pas, car l’inflation fait monter les prix et rogne le pouvoir d’achat des ménages ».

Baisse des taux directeurs : une incitation à consommer

Lorsque les taux directeurs sont très bas, voire négatif, « cela pousse les ménages et les entreprises à investir et consommer, puisque le crédit devient bon marché, voire quasi gratuit. Si cette consommation devient trop importante, l’inflation revient et les banques centrales auront tendance à remonter les taux. Les taux agissent donc comme un régulateur de l’économie », stipule le CCO de Buy Way Personal Finance.

En Europe, le taux d’inflation annuel de la zone euro a atteint +8,6 %. C’est pourquoi la BCE a récemment annoncé qu’elle allait progressivement augmenter ses taux directeurs en juillet. Jusqu’à combien pourrait-elle les élever et quel sera leur impact sur notre pouvoir d’achat et notre vie quotidienne ?

Hausse des taux directeurs : une lutte contre l’inflation, mais une consommation limitée ?

« Christine Lagarde (Présidente de la BCE) a annoncé la hausse des taux directeurs en juillet de 0,25%. Comme évoqué, la mission principale de la BCE est de lutter contre l’inflation avec un objectif à 2 %, il est ainsi clair qu’avec des progressions de l’inflation avec des niveaux de l’ordre de 8 %, une action de la BCE est nécessaire », stipule Ugo Setti.

Et d’ajouter : « Le dilemme est que la BCE en remontant ses taux ne doit pas casser la croissance déjà fragile après la crise du Covid. La BCE va donc agir par étapes successives afin de valider l’impact, tant sur l’inflation que sur la croissance économique, en essayant de garder les deux sous contrôle. »

Par ailleurs, « pour le quotidien des ménages, une hausse des taux va se traduire par un renchérissement des crédits. Il est illustratif de voir la remontée des taux sur les crédits hypothécaires et le ralentissement des opérations immobilières qui s’amorcent. L’octroi des crédits immobiliers va se complexifier. Les ménages vont, quant à eux, effectuer des arbitrages. Ils vont probablement freiner leur consommation et accentuer la thésaurisation. D’autant que les taux vont remonter sur la partie épargne. Les Français qui se sont, pour une partie, d’avantage penchés sur les placements alternatifs durant les deux dernières années (crypto actifs, bourse…), vont se rabattre à nouveau sur les produits d’épargne classiques, comme le Livret A par exemple », analyse Ugo Setti. Le taux de ce dernier (comme celui du LDDS), actuellement fixé à 1 % devrait atteindre 2 % au 1er août 2022.

 

Par Nantcy L

Journaliste plurimedia depuis 15 ans, je m'intéresse à différents univers : économie, lifestyle, société, culture, psycho & développement personnel... Pour Comparateurbanque.com je vous livre, à l'aide d'experts, des conseils pour mieux gérer votre argent.

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