Livret A : vers une fusion avec le LEP, quel gain pour les épargnants ?

Modifié le - Auteur Par Tony L. -
Livret A : vers une fusion avec le LEP, quel gain pour les épargnants ?

Le célèbre Livret A pourrait connaître une petite révolution. Un rapport parlementaire du 14 mai 2025 propose de fusionner le Livret A avec le Livret d’épargne populaire (LEP), dans le but affiché de doper le rendement de l’épargne réglementée tout en la simplifiant. Cette idée, portée par deux députés de bords opposés, soulève une question centrale pour les épargnants modestes et les classes moyennes : un Livret A “nouvelle formule” rapporterait-il vraiment plus d’intérêts et protégerait-il mieux leur épargne de l’inflation ?

Le Livret A face à l’inflation : une érosion du rendement

Évolution comparée du taux du Livret A (ligne rouge) et de l’inflation (ligne bleue) depuis 1992. On observe que le rendement du Livret A est souvent resté inférieur à la hausse des prix, occasionnant une perte de pouvoir d’achat de l’épargne sur de longues périodes.

Placée sous la protection de l’État, l’épargne du Livret A est sans risque et défiscalisée, mais son rendement s’est avéré décevant face à l’inflation récente. En effet, la formule de calcul du taux du Livret A ne garantit plus de protéger le pouvoir d’achat. « Lorsque vous ouvrez un Livret A, l’érosion monétaire est certaine », déplore le député Jean-Philippe Tanguy, co-rapporteur du rapport, car « la formule de calcul de l’intérêt ne protège plus de l’inflation ». Durant la période de forte inflation 2021-2023, les intérêts du Livret A (même relevés à 3%) n’ont pas compensé la hausse des prix, entraînant une perte de valeur de l’épargne en termes réels. Entre 2020 et 2023, environ 300 milliards d’euros de pouvoir d’achat de l’épargne auraient ainsi “disparu” du fait de l’inflation non compensée. Autrement dit, l’argent placé sur les livrets a augmenté en montant, mais a perdu de sa capacité d’achat.

Le contexte actuel tend toutefois à s’inverser avec la baisse de l’inflation en 2024-2025. Au 1er février 2025, le gouvernement a abaissé le taux du Livret A de 3% à 2,4%, suivant la décrue de l’inflation annuelle retombée autour de 1%. Il s’agit d’un rendement nominal en baisse, mais qui redevient positif en termes réels puisque la hausse des prix est beaucoup plus faible qu’en 2022. Cette baisse se poursuit dès le 1er août 2025, le taux du Livret A descend à 1,7%. Pour un Livret A rempli au plafond (22 950€), passer de 2,4% à 1,7% diminuerait les intérêts annuels d’environ 160€ (de ~550€ à ~390€). Sur un livret moyen moins garni, la perte serait moindre, mais illustre le frein que représente l’inflation passée : même un retour à une inflation faible ne rattrape pas le pouvoir d’achat perdu les années précédentes. Historiquement, le Livret A a rarement offert un rendement réel positif sur la durée, sauf lors de périodes d’inflation très basse. Depuis 2016, son taux nominal était systématiquement inférieur à la hausse des prix, même s’il paraissait stable (entre 0,5% et 0,75% de 2016 à 2021), ce qui signifie qu’en termes réels le rendement était négatif.

Le LEP : un livret mieux rémunéré mais méconnu

Face à cette réalité, le Livret d’épargne populaire (LEP) apparaît comme l’arme anti-inflation oubliée. Réservé aux épargnants modestes, le LEP offre un taux d’intérêt nettement supérieur : au 1er août 2025, son taux passe de 3,5% à 2,7% contre 2,4% à 1,7% pour le Livret A. Il était même à 6% au début de l’année 2023, puis 4% fin 2024, bénéficiant de coups de pouce de Bercy pour soutenir les ménages modestes face à l’envolée des prix. Aujourd’hui le taux est passé à 2,7% contre 1,7% pour le Livret A. Malgré cette rémunération avantageuse, le LEP reste méconnu et sous-utilisé. Ce livret est soumis à des conditions de ressources : par exemple, pour l’ouvrir en 2025, une personne seule doit avoir un revenu fiscal de référence 2023 inférieur à ~22 800€ (plafond évoluant selon la composition du foyer). En contrepartie, le montant maximal qu’on peut y déposer est limité à 10 000€ (hors intérêts capitalisés).

Selon le rapport parlementaire, environ 40% des Français éligibles au LEP n’en ont pas ouvert alors même qu’ils possèdent souvent un Livret A. Ce déficit d’information pénalise directement les foyers modestes : ils ont laissé dormir leur épargne à 2% ou 3% sur un Livret A, alors qu’ils auraient pu obtenir un meilleur rendement garanti à 4% ou plus sur un LEP. Les banques sont pointées du doigt, accusées de ne pas suffisamment promouvoir le LEP auprès de leurs clients modestes, « car elles ne dirigent pas l’épargne des Français les plus modestes vers les meilleurs placements réglementés », note François Jolivet, co-rapporteur. Il est vrai que les établissements bancaires ont peu d’intérêt financier à mettre en avant le LEP, moins rentable pour eux que d’autres produits, et qu’ils ne remplissent pas pleinement leur mission d’information dans ce domaine. Résultat : beaucoup de ménages modestes ignorent qu’ils pourraient bénéficier du LEP et conservent par habitude le seul Livret A.

Fusion du Livret A et du LEP : que propose la réforme ?

Pour remédier à ces problèmes, les députés auteurs du rapport suggèrent une fusion du Livret A et du LEP en un livret unique, accessible à tous. L’idée centrale est de combiner les avantages des deux livrets : garantir un meilleur rendement sur une part de l’épargne, tout en simplifiant l’offre. Concrètement, les 10 000 premiers euros déposés sur ce nouveau livret seraient rémunérés au moins au niveau de l’inflation, exactement comme l’objectif du LEP. Cela assurerait que l’épargne de précaution conserve sa valeur réelle sur cette tranche de dépôt. Au-delà de 10 000€, le surplus d’épargne serait rémunéré selon la formule standard du Livret A (indexée partiellement sur l’inflation et les taux interbancaires). En somme, le nouvel instrument reprendrait le taux bonifié du LEP pour la première tranche, puis le taux classique du Livret A pour le reste.

Un tel “Livret A populaire” serait, d’après le rapport, ouvert sans conditions de revenus – il bénéficierait donc à l’ensemble des épargnants, y compris les classes moyennes jusqu’ici exclues du LEP. Les auteurs y voient une double avancée : “plus de clarté, d’efficacité et d’efficience en termes de rendement”. Plus de clarté, car un livret unique remplacerait le maquis de livrets actuel et éviterait que le grand public ignore l’existence d’un produit mieux rémunéré. Plus d’efficacité, car chaque épargnant verrait au moins une partie de son épargne protégée de l’inflation, sans avoir à naviguer entre plusieurs comptes. Plus d’efficience, car l’argent placé serait mieux rémunéré, ce qui encouragerait les ménages à utiliser ce livret plutôt que de laisser dormir leurs économies sur des comptes courant non rémunérés. Le rapport demande en parallèle une responsabilisation accrue des banques : elles devraient améliorer leur communication et leur conseil envers les clients pour bien expliquer la perte de valeur liée à l’inflation et les orienter vers ce nouveau livret unique dès sa mise en place.

Notons que cette fusion n’est pour l’instant qu’une proposition parlementaire. Sa mise en œuvre exigerait des décisions du gouvernement et des ajustements techniques. Par exemple, il faudrait préciser le plafond du nouveau livret : additionnera-t-il les 22 950€ du Livret A et les 10 000€ du LEP (soit ~32 950€) pour ne léser personne ? Ou bien conservera-t-il le plafond actuel du Livret A ? Le rapport n’a pas tranché publiquement ce point, qui pourrait être débattu si la réforme progresse. De même, la garantie d’un taux “au moins égal à l’inflation” devra être formalisée : s’agit-il d’inscrire une règle automatique, ou bien d’une orientation laissant au ministère de l’Économie le soin d’ajuster le taux plancher comme il le fait aujourd’hui pour le LEP ? Ces détails techniques conditionneront le succès de la réforme, mais l’intention générale est posée.

Combien les épargnants y gagneraient-ils vraiment ?

La promesse affichée d’un livret fusionné est d’améliorer le rendement de l’épargne de précaution, en particulier pour ceux qui jusqu’à présent n’avaient pas accès au LEP. Concrètement, quel gain espérer ? Prenons quelques exemples simples avec les taux de février 2025, taux en vigueur lors de cette reflexion. Un épargnant non éligible au LEP qui place 10 000€ sur son Livret A à 2,4% obtient 240€ d’intérêts par an. Avec le nouveau livret fusionné, les 10 000€ profiteraient d’un taux égal à l’inflation (3,5% sur le LEP) et rapporteraient 350€ par an, soit 110€ de plus que le Livret A classique. De même, pour 20 000€ d’épargne, le gain resterait d’environ 110€ supplémentaires par an : on passerait d’environ 480€ d’intérêts (Livret A seul) à 590€ avec le livret fusionné (les 10 000€ initiaux à taux inflation + les 10 000€ suivants au taux normal). Ce bonus représente un relèvement significatif du rendement de l’épargne pour des millions de Français qui n’avaient pas droit au LEP jusqu’ici, sans toutefois doubler leurs intérêts non plus. Il faut bien voir que la bonification ne concerne que la première tranche de 10 000€ : au-delà, l’épargne continuerait d’être rémunérée au taux de base du Livret A.

Pour les épargnants modestes déjà détenteurs d’un LEP, l’effet serait différent. S’ils utilisaient pleinement leur LEP (10 000€ à 3,5%) et plaçaient le reste de leur épargne sur un Livret A, ils bénéficiaient déjà du meilleur rendement possible. Par exemple, un ménage modeste avec 15 000€ d’économies peut aujourd’hui en mettre 10 000€ sur LEP (intérêts : 350€) et 5 000€ sur Livret A (intérêts : 120€), soit 470€ d’intérêts annuels. Le livret fusionné donnerait exactement le même résultat (les 15 000€ sur un seul compte produiraient 470€ également, dont 350€ sur la part « inflation »). Donc, pour les foyers modestes bien informés qui optimisaient déjà leurs livrets, la fusion ne changerait pas le montant total des intérêts : elle rendrait juste l’épargne plus simple à gérer en réunissant tout sur un compte unique. En revanche, pour les nombreux épargnants modestes qui n’avaient pas ouvert de LEP faute d’information, la réforme entraînerait un gain immédiat : leurs premiers 10 000€ rémunérés à 2,4% passeraient à un taux indexé sur l’inflation (généralement plus élevé).

Le bénéfice du nouveau dispositif dépendra bien sûr de l’évolution de l’inflation. Actuellement, avec une inflation en net ralentissement (~1% annuel en France fin printemps 2025), la différence entre le taux du Livret A (calculé par formule) et l’inflation tend à s’amenuiser. À terme, si l’inflation stabilisée restait très basse (autour de 1%), un taux « au moins égal à l’inflation » sur 10 000€ ne représenterait qu’environ 100€ d’intérêts annuels – mais dans ce cas le taux du Livret A serait lui aussi faible, autour de 1%, et l’écart ne serait pas défavorable à l’épargnant. En revanche, en cas de regain d’inflation à l’avenir, la protection serait précieuse. On peut citer le scénario de 2022 : l’inflation annuelle avoisinait 5%, tandis que le Livret A n’a rapporté que 2% pendant la majeure partie de l’année. Si le livret fusionné avait existé à l’époque, les 10 000€ de précaution auraient généré ~500€ d’intérêts au lieu de 200€, évitant une lourde perte de pouvoir d’achat sur cette somme. Ce type d’exemple illustre l’importance de l’indexation sur l’inflation pour préserver la valeur de l’épargne en phase de choc des prix. En somme, la réforme garantirait un minimum de pouvoir d’achat sur la tranche de base de l’épargne de précaution, ce qui constitue un progrès notable pour la sécurité financière des épargnants modestes et des classes moyennes.

Quelles alternatives pour l’épargne de précaution ?

La question du rendement du Livret A se pose d’autant plus que les placements alternatifs sans risque et liquides sont peu nombreux. Les livrets réglementés occupent une place à part : comme le rappelle la Fédération bancaire française, « la France propose aux épargnants une offre que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Par exemple les Livrets A, LDDS et LEP sont des produits liquides (disponibles à tout moment), garantis (sans risque), non fiscalisés et avec un rendement positif déterminé par les autorités publiques ». Ce dernier point est important : les intérêts du Livret A, du LEP ou du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ce qui équivaut, pour un contribuable moyen, à un gain de 30% par rapport à un taux brut taxable équivalent. Pour obtenir un rendement net supérieur sans sortir des liquidités disponibles, il faut donc souvent prendre plus de risques ou accepter des contraintes.

Certaines banques et fintech proposent bien des “super-livrets” fiscalisés avec des taux alléchants en vitrine, mais ils sont généralement promotionnels et temporaires. Par exemple, au printemps 2025, on trouve des offres à 3-4% brut sur quelques mois, puis le taux retombe autour de 2% ou moins – et il faut ensuite déduire 30% de flat tax sur les intérêts. D’après les données du marché, le taux moyen des comptes sur livret imposables en mai 2025 n’est que de 0,84% brut (0,60% net), bien inférieur au Livret A ou au LEP. On est donc loin du compte. L’autre solution pour obtenir mieux est de sacrifier la liquidité : un dépôt à terme (argent bloqué 1 an ou 2 ans) peut offrir autour de 3% brut, mais là encore les intérêts sont imposables et il faut immobiliser son épargne. Quant aux produits comme l’assurance-vie en fonds euros, ils assurent le capital et offrent des rendements autour de 2% nets annuels actuellement – pas de quoi détrôner le LEP ou même le Livret A dans leur créneau liquide et sans risque. En définitive, pour l’épargne de précaution, les livrets réglementés restent la référence. Le rapport parlementaire souligne d’ailleurs que le taux moyen servi sur l’ensemble des dépôts d’épargne en France (grâce au poids des livrets) atteint 2,1%, soit 0,6 point de plus que la moyenne de la zone euro, et même trois fois plus qu’en Allemagne. Cela s’explique par la générosité relative du Livret A et du LEP, fruits d’arbitrages politiques en faveur des épargnants.

Dans ce contexte, la fusion du Livret A et du LEP apparaît comme la voie privilégiée pour améliorer à la marge le rendement de l’épargne de précaution, sans exposer les épargnants à un risque ou à une complexité supplémentaires. Plutôt que de chercher des alternatives exotiques, il s’agit de rendre plus efficace un dispositif que les Français connaissent bien et apprécient déjà. Rappelons que plus de 55 millions de personnes possèdent un Livret A dans le pays, un succès populaire indéniable. Le nouveau livret unique entend capitaliser sur cette confiance, en offrant le « meilleur des deux mondes » : le taux revalorisé du LEP pour tous, combiné à la simplicité d’un Livret A universel.

Sources : Rapport parlementaire du 14 mai 2025, Banque de France, INSEE, Ministère de l’Économie, Service-Public.fr, Observatoire de l’épargne réglementée, Le Figaro Économie, Capital.fr, MoneyVox, Boursorama, Les Échos, Fédération bancaire française, Caisse des Dépôts, Banque centrale européenne, Assemblée nationale, Le Monde, France Stratégie, UFC-Que Choisir, DG Trésor.

Connexe : Quels sont les meilleurs pays pour ouvrir un compte bancaire offshore en 2025 ?


Ceci n’est pas un conseil en investissement mais un partage d’information. Faites vos propres recherches. Il y a un risque de perte en capital.

Par Tony L.

Passionné d'économie et de technologie, Tony vous propose des articles et des dossiers exclusifs dans lesquels il partage avec vous le fruit de ses réflexions et de ses investigations dans l'univers de la Blockchain, des Cryptos et de la Tech.

Laisser un commentaire