Le PER (Price Earnings Ratio): pierre angulaire du succès de Warren Buffett

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Comprendre le PER sans jargon

Avant de plonger dans la méthode Buffett, rappelons les bases. Le price-earnings ratio (PER) compare le cours d’une action à son bénéfice net par action : un PER de 17 signifie que l’acheteur paierait l’équivalent de dix-sept années de profits pour racheter l’entreprise entière. Cet indicateur sert de thermomètre à la valorisation : plus le multiple est haut, plus les anticipations de croissance sont fortes, et inversement. Mais, pris isolément, le PER reste un chiffre nu qui ne raconte pas toute l’histoire économique de la société qu’il mesure.

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Buffett, de Graham à Fisher : l’évolution d’un regard

Lorsqu’il découvre Benjamin Graham à Columbia au début des années 1950, le jeune Buffett apprend qu’un PER inférieur à 15, combiné à un price-to-book raisonnable, constitue un filtre efficace pour dénicher des actions bon marché. Cette grille purement quantitative lui permet de réaliser ses premiers coups de maître – la mythique affaire « American Express » en 1964 en est un exemple : le marché fuyait le titre pour de mauvaises raisons comptables, et un PER anormalement bas formait une porte ouverte à l’investisseur patient.

Pourtant, quelques années plus tard, la lecture de Philip Fisher pousse Buffett à tempérer la froideur des ratios par une analyse qualitative : qualité du management, pouvoir de marque, capacité à réinvestir les profits à un rendement supérieur au coût du capital. Il s’éloigne alors du dogme du PER « faible à tout prix » et forge son crédo : « mieux vaut payer un juste prix pour une entreprise exceptionnelle qu’une bouchée de pain pour une entreprise médiocre ». Autrement dit, le PER n’est pas un plafond rigide ; c’est un prix d’entrée dans un flux futur de trésorerie qu’il faut juger sur la durée.

Trois réglages qui transforment le PER

  1. La normalisation des bénéfices
    Buffett déteste les « bénéfices gonflés ». Avant de calculer un PER, il expurge les éléments non récurrents : plus-values exceptionnelles, charges de restructuration, etc. Ce bénéfice corrigé, qu’il nomme owner earnings, fournit un point de départ plus fiable que le résultat net publié. Dans le cas d’American Express, enlever les charges liées au scandale de l’huile de soja ramenait le PER réel sous la barre des dix, révélant une aubaine que Wall Street ignorait.
  2. Le PER prospectif
    Là où la majorité des analystes s’appuie sur le bénéfice des douze derniers mois, Buffett projette ses propres estimations à cinq ou dix ans. Quand il entre dans Apple en 2016, le PER trailing avoisine 12 ; son PER forward interne ressort sensiblement plus bas, car il anticipe le basculement vers les services et la monétisation de l’écosystème iOS. En misant sur ces profits futurs, il accepte de paraître « payer cher » au présent.
  3. L’ajustement de la dette
    Un PER de 15 pour une entreprise lourdement endettée n’équivaut pas à un PER de 15 pour une société sans levier financier. Buffett retranche la dette nette du calcul et préfère parfois un multiple plus élevé associé à un bilan solide. C’est la raison pour laquelle il privilégie les compagnies d’assurance bien capitalisées : la solidité financière compense un PER moins attrayant en apparence.

Le PER dans la pratique : trois cas d’école

  • Coca-Cola (1988) – Lors de son entrée au capital, le PER avoisine 13. Buffett identifie une marque inégalée, des marges stables et un pouvoir de fixation des prix quasi inébranlable : le faible multiple se double d’une prévisibilité enviable des flux de trésorerie.
  • Moody’s (2000) – L’agence de notation se paye alors plus de vingt fois ses profits. Mais la barrière à l’entrée réglementaire protège un oligopole mondial ; la croissance des marchés obligataires promet une hausse durable des bénéfices. Buffett accepte donc un PER supérieur à son seuil historique.
  • Amazon (2019) – Autour de trente fois les profits, le titre semble incompatible avec l’étiquette « value ». Buffett parie pourtant sur la rente logistique et le monopole technologique du cloud (AWS). Le PER devient une jauge parmi d’autres, pondérée par une visibilité très long terme sur les cash-flows.

Ces exemples montrent que le PER, chez Buffett, sert davantage de jalon que de règle absolue : c’est la boussole qu’il recalcule sans cesse à la lumière de la qualité intrinsèque du business.

Un indicateur encore valable à l’ère des taux bas

Ces quinze dernières années, la baisse structurelle des taux d’intérêt a mécaniquement gonflé les multiples de marché. Certains commentateurs jugent le PER obsolète. Buffett répond par une règle de simple bon sens : comparer le rendement bénéficiaire (1/PER) au rendement obligataire sans risque. Tant que cet écart reste confortable, un PER élevé peut se justifier. Lorsque les taux remontent, l’investisseur doit redevenir plus exigeant et exiger soit un PER plus bas, soit une qualité intrinsèque supérieure.

Les garde-fous de Buffett pour ne pas se laisser griser

  • Prévisibilité des profits : entreprises de consommation courante, infrastructures, logiciels aux abonnements récurrents.
  • Marges durables grâce à un moat : brevet, marque, effet réseau ou coûts de changement élevés.
  • Capacité à générer du cash sans investissement massif : les « capital-light » sont favorisées.
  • Management frugal : allocation disciplinée du capital, politique de rachat d’actions lorsque le PER devient attrayant.

En combinant ces filtres à un PER cohérent, Buffett obtient une marge de sécurité qu’il évalue en pourcentage plutôt qu’en simple multiple. Le PER n’est alors qu’un nombre-clé d’un système plus vaste, mais il demeure la porte d’entrée la plus rapide pour cribler des milliers de titres.

Conseils pratiques pour l’investisseur particulier

  1. Commencer par un stock screener : filtrez d’abord sur un PER inférieur à 20 dans votre secteur d’intérêt ; vous réduirez l’univers tout en gardant l’essentiel.
  2. Nettoyer les bénéfices : retirez les éléments exceptionnels pour rapprocher votre analyse de la méthode Buffett.
  3. Comparer avec les obligations : si le rendement bénéficiaire est inférieur ou égal au rendement d’un emprunt d’État à dix ans, exigez une qualité de premier ordre.
  4. Regarder la conversion cash/profits : un PER bas assorti d’une faible génération de trésorerie est une fausse bonne affaire.
  5. Mettre le PER en perspective sectorielle : les valeurs technologiques, par exemple, affichent souvent des multiples supérieurs aux utilities. La comparaison doit toujours s’effectuer entre pairs.

En suivant cette grille de lecture, le PER redevient un outil d’évaluation rapide, capable de signaler les entreprises qui méritent une étude plus poussée.

Conclusion

Depuis plus de six décennies, Warren Buffett a bâti son empire sur une idée simple : acheter un flux de profits futurs à un prix raisonnable aujourd’hui. Le PER lui sert de premier baromètre pour juger ce prix, mais il prend tout son sens après ajustements et mises en contexte. Autrement dit, le multiple cours/bénéfice n’est ni un talisman universel ni une relique académique ; c’est la clef d’entrée d’un processus rigoureux où comptabilité, stratégie et psychologie de marché se rencontrent. Comprendre cette nuance ouvre à l’investisseur particulier une voie praticable vers l’investissement de long terme : repérez un PER cohérent, jugez la qualité du business, puis laissez le temps faire son œuvre – exactement comme l’Oracle d’Omaha.

🔍 Exemple concret :

  • Si une action vaut 100€
  • Et que le bénéfice net par action est de 5€

Alors :
👉 PER = 100 / 5 = 20

Cela signifie que l’investisseur paie 20 fois les bénéfices annuels pour posséder l’action. En d’autres termes, il faut 20 ans de bénéfices pour « rembourser » le prix payé (hors croissance, dividendes ou autres facteurs).

📍 Où trouver le PER ?

Tu n’as pas besoin de le calculer manuellement, sauf si tu veux affiner (comme le fait Buffett). Il est souvent affiché directement :

➤ Dans ton logiciel de trading ou courtier :

  • TradingView : dans la fiche d’un actif (onglet « données fondamentales »),
  • Degiro, eToro, XTB, Boursorama, etc. : dans la section « ratios fondamentaux » d’une action,
  • Interactive Brokers : très complet, le PER y figure toujours,
  • MetaTrader (via plugin fondamental) : moins courant, mais possible.

➤ Sur des sites spécialisés :

  • Yahoo Finance, Zonebourse, Investing.com, Morningstar, etc.
  • Tape simplement : [Nom de l’action] + PER sur Google

⚠️ Attention :

Il existe plusieurs types de PER :

  • PER historique (trailing) : basé sur les bénéfices passés,
  • PER prévisionnel (forward) : basé sur des prévisions de bénéfices futurs.

Buffett préfère souvent un PER ajusté, sur bénéfices récurrents, et nettoyé des événements exceptionnels.

Références :

  • Value investing : comment Warren Buffett utilise le PERAlti Trading
  • PER (Price Earning Ratio) – Bpifrance Création
  • Le Price/Earnings ratio (P/E ou PER) – Finance Héros
  • Buffett, W. – Citation « Price is what you pay, value is what you get » (compilation de citations)

Ceci n’est pas un conseil en investissement mais un partage d’information. Faites vos propres recherches. Il y a un risque de perte en capital.

Par Lucie

Lucie est rédactrice sur ComparateurBanque.com depuis le début. Elle aime tester les offres et partager son expérience. Elle a aussi d'autres casquettes dans l'équipe.

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