Les femmes et la banque : Entre émancipation et déséquilibre

Les femmes et la banque ou les femmes et l'argent : une relation ambigüe qui a du mal à s'épanouir. Le point sur des faits et des chiffres.

Les Top banques à l'écoute des femmes

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La présence des femmes dans le milieu bancaire est faible, mais pourquoi ? Aujourd’hui certaines choses peuvent paraître acquises, ou normales, notamment pour les nouvelles générations, mais n’oublions qu’il n’y pas a pas si longtemps, ouvrir un compte bancaire n’était pas possible pour une femme sans l’autorisation de son mari. Cet article n’est pas dans une mouvance féministe ou machiste, nous faisons un simple constat.

Voyons comment le rapport entre la femme et la finance a évolué.

La place de la femme dans le monde de la finance

Avant de se poser ce type de question et d’entreprendre un constat basé sur notre époque un petit rappel historique est nécessaire pour bien se rappeler que tout, et encore récemment, n’a pas été facile et acquis.

Encore aujourd’hui cette citation de Simone de Beauvoir est pleine de sens : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Les dates clés en France de l’indépendance financière des femmes

En 2020 en France les femmes jouissent toutes d’un compte et d’une carte bleue, mais ce n’était pas le cas de nos grands-mères.

  • 1881 la loi autorise les femmes à ouvrir un livret d’épargne en toute autonomie, elle sera renforcée par une autre loi 14 ans plus tard, leur permettant d’y effectuer des versements et retraits sans l’aval de leur mari.
  • 1907, une autre révolution se produit : les femmes obtiennent le droit de disposer de leur salaire comme elles l’entendent.  
  • 13 Juillet 1965 : le Parlement vote une loi autorisant les femmes à ouvrir un compte bancaire en leur nom et à travailler sans le consentement de leur mari.Et oui avant cela les femmes mariées devaient présenter une autorisation maritale pour ouvrir un compte, ou même signer un contrat de travail. Il faut quand même savoir qu’un tiers d’entre elles avaient un travail, ce n’était donc pas une partie minime. Et comment faisaient celles qui n’avaient pas de mari ? Célibataires ou veuves, elles, jouissaient de la même autonomie que les clients masculins.
  • 1967 : première femme à entrer dans le secteur de la bourse.

Les femmes et les finances du foyer

Paradoxalement, à la maison ce sont les femmes les reines de la finance, 90% d’entre elles connaissent le montant exact des leurs impôts, et s’occupent de toute cette partie pour celles en couple.

Même si plus de la moitié, 60%, gèrent les comptes à part égale avec leurs conjoints, il reste tout de même 34% de femmes qui s’occupent seules des finances domestiques.

75% des femmes ont une épargne personnelle. Elles gèrent le budget et épargnent et pourtant écarts de rémunération, de pensions de retraite, moindres financements pour l’entrepreneuriat… La question de l’argent des femmes est fréquemment traitée sous l’angle du fait observable d’inégalité. Et cela va au-delà du foyer, d’après une étude du FMI, seuls 2% de la totalité des banques dans le monde sont dirigées par des femmes. Ce qui reste une aberration, surtout quand on sait que ce sont elles qui gèrent les finances de la famille, la cellule économique de base. D’autant plus qu’elles sont connues pour leur gestion prudente, rigoureuse, et leur vision à long terme. Ce qui est prouvé dans les banques où la féminisation des instances dirigeantes s’accompagne très souvent d’une diminution des risques financiers.

Dans un monde ou les instances bancaires sont dirigées par des hommes, quelle est la place de la femme ?

La femme un segment de clientèle pas ciblé

Dans la 3e édition de son rapport intitulé « Women in Financial Services » publié mi-novembre 2019 le cabinet de conseil Oliver Wyman est arrivé à la conclusion suivante : « Penser différemment en termes de genre permettrait aux entreprises de services financiers de tirer parti d’opportunités de génération de revenus plus importantes« .

Les femmes un manque à gagner pour le secteur financier

De cette même étude ressort un chiffre d’envergure : « Les sociétés de services financiers pourraient gagner plus de 700 milliards de dollars de revenus annuels additionnels si elles prenaient mieux en compte les attentes de leurs clientes femmes. » Pourquoi ce nombre ?

Selon Jessica Clempner, spécialisée dans les services bancaires destinés aux particuliers ainsi qu’aux entreprises et auteure du rapport : « Les femmes constituent le segment de clientèle le plus mal adressé par les sociétés de services financiers et ce, alors même qu’elles jouent un rôle de plus en plus influent en tant qu’acheteuses. En ne cherchant pas à satisfaire ni même essayer de comprendre leurs attentes, les entreprises du secteur se tirent clairement une balle dans le pied. »

D’après Martina Weimert, associée au sein du cabinet et spécialisée dans les services financiers, « il s’agit aussi et surtout d’une problématique d’approche clients opérée par les établissements financiers. Une femme n’a pas la même carrière qu’un homme dans le sens où elle interrompt sa carrière plus souvent qu’un homme. De ce point de vue-là, la vie d’une femme s’avère moins linéaire, elle ne peut donc pas avoir la même approche vis-à-vis du risque. Les femmes ont donc besoin de produits qui se veulent conformes à leurs attentes. Elles détestent, par ailleurs, les jargons des prestataires financiers. Elles ont besoin de disposer d’une approche et de produits individualisés. Et ce manquement, ainsi qu’un service qui est moins calé sur les attentes des femmes du côté des acteurs des services financiers, sont justement à l’origine de ce manque à gagner. »

 

Une résonance avec l’état d’esprit de ComparateurBanque

Pourquoi cet article ? Car nous ne comprenons pas pourquoi si peu de femmes consultent notre site, notre chaîne Youtube, nos réseaux sociaux. Il n’y a que 20% de notre audience qui est constituée de femmes. Et pourtant, notre équipe est constituée de femmes principalement.

Nous avons les mêmes attentes :

  • Simplifier ce jargon incompréhensible tant utilisé par les banques,
  • Proposer des solutions banque et finance sur-mesure : avec les nombreux classements par thématiques et les profils hyper personnalisés (prof de yoga, famille, amateur de crypto, digatal nomade …)
  • Ecouter les questions et les besoins et y répondre au plus vite.

 

Une stratégie mal adaptée

Martina Weimert, explique que ces fameux 700 milliards de dollars perdus annuellement que ce soit par les banques ou par les assureurs résultent de produits financiers trop généralistes élaborés pour « l’homme moyen » qui ne sont, de ce fait pas adaptés au profil des femmes, et donc encore moins à leur parcours de vie et à leurs besoins.

« Si l’on prend en compte le taux d’équipement en matière de produits financiers, les femmes se révèlent totalement sous-équipées comparées aux hommes. Pourtant, à revenus égaux, ces dernières devraient bénéficier d’un niveau d’équipement comparable à celui des hommes. Ce qui n’est ni le cas pour des produits comme l’assurance-vie, les crédits immobiliers, ou encore les crédits destinés aux créateurs d’entreprise. Lorsque l’on fait le global de tout, on atteint donc un montant d’opportunités perdues pour les acteurs financiers de 700 milliards par an au niveau mondial. Aujourd’hui, il s’agit d’un problème de business qui concerne tout un écosystème et qui de ce fait dépasse largement le cadre de la parité hommes-femmes. » L’experte affirme même qu’il y a un enjeu majeur à le considérer.

Un exemple unique à reproduire : une banque adaptée aux femmes

Il y a de plus en plus de néobanques qui se sépcialisent dans des « niches » : les néobanques écolos, les néobanques pour les mineurs, les néobanques pour les cryptophiles, … mais rien pour les femmes. Mis à part …

La Banmujer une banque unique au monde, pour les femmes et par des femmes

Au Venezuela en partant du postulat de départ que le milieu bancaire a toujours été un territoire masculin, discriminatoire envers les femmes, clientes ou employées. « L’idée de créer un établissement pour les femmes et géré par des femmes, est apparue lors d’une conférence internationale sur les femmes où l’on débattait des moyens à mettre en œuvre pour les aider à s’adapter au monde de la finance, totalement dominé par les hommes. La conclusion générale de ces réunions était que, puisque ce sont les hommes qui décident, les femmes passent toujours en second ; et celles des pays en voie de développement sont particulièrement touchées par cette discrimination. Il fallait changer tout cela en commençant par changer les mentalités. » explique Nora Castaneda, la présidente de la Banmujer.

Quelques chiffres significatifs

La banque a ouvert ses portes en 2001, depuis elle a proposé 51 000 crédits à des femmes qui ont créé des coopératives de nettoyage, des entreprises de mode, des salons de coiffure ou encore des fabriques de bonbons.

Soixante-dix d’entre elles se sont même rassemblées pour ouvrir un centre de vacances écologique qui rencontre de plus en plus de succès auprès des Européens.  » Notre but est de prêter aux femmes de petites quantités d’argent à court terme, en moyenne 1 000 dollars, et de faire d’elles des entrepreneuses. La plupart ont réussi. Nombreuses sont celles qui ont pu rembourser leur emprunt plus vite que dans le délai des quatre ans prévus et qui ont eu la possibilité de faire appel à un nouveau crédit dont le taux d’intérêt s’élève à 1 % par mois. »

Une banque inclusive

Elle n’est pas uniquement ouverte qu’aux femmes. Les hommes, peuvent en être clients pour demander des prêts mais pour cela ils doivent respecter les conditions suivantes : travailler avec des femmes et leur projet soit dirigé par une femme. Ils ne représentent que 4% de la clientèle de cette banque.

Les femmes et la prise de risque

Statistiquement les femmes prennent moins de risques que les hommes.

Questions à Christine Lagarde, ex-presidente du FMI

Il y a encore du chemin à faire, que ce soit dans les offres commerciales peu adaptées et dans les postes à responsabilités. Nous pouvons même conclure sur un extrait d’une interview de Christine Lagarde, ex-présidente du FMI, actuellement à la tête de la Banque centrale européenne, qui s’exprimait à l’époque au sujet de sa prise de poste à la BCE. Elle répondait à la question suivante d’une journaliste de la Tribune : « Vous avez préconisé « un leadership plus féminin » comme l’un des ingrédients importants de la réforme du secteur financier, estimant que « si Lehman avait été Sisters au lieu de Brothers, le monde serait peut-être différent aujourd’hui ». En quoi des femmes dirigeantes auraient-elles peut-être pu empêcher la crise ? Considérez-vous que les femmes ont un rapport différent à l’argent et au risque ? »

Réponses de Christine Lagarde présidente de la BCE

« Il existe des études académiques très sérieuses, basée notamment sur la psychologie cognitive, publiées dans des revues comme le Quarterly Journal of Economics de Harvard.

Les femmes, c’est prouvé, prennent moins de risques financiers. Elles apportent de la stabilité. Le FMI a également publié des études sur ce sujet.  Les femmes apportent aussi une diversité de points de vue, ce qui réduit le risque de pensée unique. Donc je suis convaincue qu’avec plus de femmes à des postes de responsabilité dans la finance, on aurait évité des prises de risques excessives, qui ont abouti à la crise financière la plus terrible de l’après-guerre, dont on peine à panser les plaies, 11 ans après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers. Donc, oui, avec « Lehman Sisters » on se serait sans doute mieux portés ! »

A titre indicatif, ce n’est pas parce que nous citons Christine Lagarde que nous validons tout ce qu’elle dit et met en avant. Nous laissons juste ouvert cette réflexion sur les femmes.

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