Ruptures conventionnelles et perte de motivation : allons-nous vers une société du “détravail” ?

Publié le - Auteur Par Lucie
Ruptures conventionnelles et perte de motivation : allons-nous vers une société du “détravail” ?

Le chômage est reparti à la hausse aux Etats-Unis en juillet 2022, bien qu’il reste à un niveau très faible, avec un taux de chômage de 3,6%. 11 millions de postes restent vacants dans la première économie mondiale, et les experts anticipent une poursuite du mouvement massif de démissions en cours. En France, la situation n’est pas bien plus florissante. Faisons un tour d’horizon.

La Grande Démission arrive en France

Parti des Etats-Unis, le mouvement massif des démissions débarque en France !

Un phénomène né aux Etats-Unis…

Le phénomène décrit en introduction, qu’on appelle la “Grande Démission”, se caractérise par la démission, sans raison particulière apparente, de nombreuses personnes qui sont dans des emplois stables. Certains de ces démissionnaires sont à la recherche de davantage de sens dans leur travail.

Des millions d’autres ont pris conscience de la précarité, du niveau de rémunération trop faible et des mauvaises conditions générales de travail auxquelles elles étaient soumises. Le mouvement n’avait jamais connu une telle ampleur dans l’histoire des États-Unis.

… qui arrive en France !

Et le mouvement arrive progressivement en France. Un signe avant-coureur : les étudiants d’AgroParisTech qui ont expliqué lors de la remise des diplômes de leur école, le 30 avril 2022, les raisons qui les poussent à sortir du système et à s’engager dans des métiers et projets professionnels très différents de ceux auxquels ils étaient destinés.

Mais ce qui va réellement intéresser le gouvernement et les économistes, dans les mois à venir, c’est le niveau des ruptures conventionnelles en France. En effet, celles-ci représentent un coût direct pour les finances publiques, étant donné que leurs bénéficiaires touchent le plus souvent les allocations chômage.

Des ruptures conventionnelles qui repartent à la hausse

454 000 ruptures conventionnelles ont été signées en 2021, en progression de 6,1% sur un an, et le début de l’année 2022 confirme cette tendance haussière. Tous les secteurs d’activité sont concernés, sauf l’informatique et la banque-assurance.

Le mouvement touche également toutes les régions françaises, dont certaines sont particulièrement atteintes, telles la Normandie et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui voient leurs ruptures conventionnelles augmenter de 12,6 % et 10,6 % respectivement sur un an.

Vers une société du détravail et de changement de nos valeurs ?

De quoi cette Grande Démission, qui gagne la France, est-elle la prémisse ?

Les Français ont pris du recul sur leur travail

Allons-nous vers une société où les gens souhaitent travailler moins, pour vivre mieux, à rebours du slogan politique d’un précédent président de la République Française, “travailler plus pour gagner plus” ? Les confinements successifs, dûs à la pandémie du Covid, ont eu cet effet puissant, mais imprévu peut-être, sur les Français : ils ont appris à prendre du recul, à ralentir le rythme et à modifier leurs attentes par rapport au travail, et à la vie en général.

Du côté des partis politiques d’opposition, les appels au passage à la semaine de 32 heures se sont succédé, malgré un refus net de la Première ministre, Elisabeth Borne. On parle beaucoup également de la semaine de quatre jours testée en Europe.

Entre-t-on dès lors dans une ère du “détravail” ?

Une ère nouvelle s’ouvre-t-elle, dans laquelle arrêter de travailler n’est plus un signe de faiblesse, ni d’une irrationalité asociale ?

Dans les statistiques officielles, compilées par l’INSEE, on appelle ces décrocheurs les “inactifs en âge de travailler”. Ils ne sont donc pas titulaires d’un autre statut social, tels qu’étudiant, retraité ou chômeur.

Comment les décrocheurs s’en sortent-ils financièrement ?

Changer de région et choisir un logement moins cher est la première option, particulièrement pour les habitants de grandes villes et qui sont propriétaires de leur logement. On revend, on déménage et on achète plus petit.

Réduire ses dépenses familiales, et se contenter d’un seul salaire au lieu de deux, permet aussi de se concentrer sur des choses plus essentielles.

Que font-ils de leur temps libre ?

Si ces gens ne travaillent plus, on peut légitimement se poser la question de savoir ce qu’ils font de leurs journées !

Ils se concentrent sur ce qu’ils estiment être essentiel : sortir d’un système économique qu’ils jugent délétères, élever leurs enfants, cultiver leur jardin, développer leurs pratiques artistiques, sportives ou culturelles… D’autres reprennent des études ou s’engagent dans une formation professionnelle, ou encore créent leur propre activité entrepreneuriale.

Sortir du travail, une rupture identitaire ?

Ces personnes qui sortent volontairement d’un système contraint, où le travail façonne l’identité mais enferme également la personne dans l’obligation de travailler, cherchent en réalité une libération de leur parcours de vie.

Ils cherchent le plus souvent à choisir et pratiquer une activité qui leur plaît vraiment, même si celle-ci n’a pas de valeur économique dans nos sociétés.

Un choix qui peut être lourd de conséquences…

Ce n’est d’ailleurs pas anodin, il y a de nombreux inconvénients à faire ce choix :

  • Baisse des revenus, de manière évidente,
  • Rupture d’un lien social régulier, fourni par le travail en entreprise,
  • Rupture dans les habitudes en général,
  • Critiques et incompréhensions fréquentes de la part de l’entourage.

Est-ce souhaité par nos dirigeants politiques ?

Sans tomber dans un quelconque complotisme, on peut se poser la question également de savoir si cette évolution n’est pas un mouvement entretenu par nos gouvernements et les médias.

Ces derniers entretiennent une ambiance morose depuis plusieurs années, ont changé de stratégie face au Covid et aux problèmes économiques de manière très fréquente… plongeant ainsi les citoyens dans un sentiment de perte de repères et de peur généralisée.

Vers un déséquilibre sociétal insoutenable ?

Ne plus travailler, sans avoir de projet ou d’activité, c’est arrêter de participer à la société. Certains quittent leur travail, motivés par la théorie de l’effondrement, cette crainte que l’économie ne s’effondre et ce refus de participer à la collapsologie.

Le problème est que ces personnes continuent à vivre du système :  allocations et soins médicaux, par exemple. Un déséquilibre risque donc d’apparaître entre ceux qui sortent du système et ceux qui continuent à le faire fonctionner, par leur travail, pour tous les autres.

 

Les solutions envisageables

Une rémunération universelle ?

Certains politiques poussent depuis longtemps cette idée de recevoir un revenu universel. Ce qui n’est pas dit c’est tout ce qu’il va impliquer en retour. Ne parlons même pas de la perte de liberté ou autonomie.

Revaloriser certains métiers disparus ou jugés inutiles

Tout travail mérite salaire, dit la sagesse populaire. Dans certains pays asiatiques, le ramassage des déchets dans les rues ou les espaces publics ou encore le fait d’aider des personnes âgées à porter leurs courses jusqu’à leur voiture, remplir les sacs de course dans les grandes surfaces, faire le plein d’essence aux stations services … , sont des activités valorisées et rémunérées par la société.

Changer foncièrement le fonctionnement de la société pour lui redonner du sens

Et si le problème, ne venait « que » de cette orientation que la France a pris ces dernières années. Si le fait de faire table rase de ce qui est suffisait ? Pourquoi les Français ne se réveillent pas ?

Peut-on imaginer la même chose en France ? Celles et ceux qui souhaitent quitter un système qu’ils ne respectent plus, pourraient alors le rejoindre à nouveau, sans perte de sens et en continuant à contribuer socialement.

Par Lucie

Lucie est rédactrice sur ComparateurBanque.com depuis le début. Elle aime tester les offres et partager son expérience. Elle a aussi d'autres casquettes dans l'équipe.

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