Revolut : 5,3 milliards € de revenus et une machine bancaire désormais mondiale (UK, USA, Amérique du Sud…)

Publié le - Auteur Par Tony L. -
Revolut : 5,3 milliards € de revenus et une machine bancaire désormais mondiale (UK, USA, Amérique du Sud…)

Pendant longtemps, Revolut a été perçue comme une application financière très efficace pour payer, voyager, changer des devises et investir. En mars 2026, le groupe a franchi un cap beaucoup plus structurant. D’un côté, il a officiellement lancé sa banque au Royaume-Uni après la fin de la phase de mobilisation validée par la Prudential Regulation Authority. De l’autre, il a déposé une nouvelle demande de charte bancaire nationale aux États-Unis, avec un nouveau dirigeant pour piloter le marché américain. Pour une fintech qui s’est construite en bousculant les codes du compte courant, Revolut ne se limite plus à une simple application pratique. Elle veut devenir un acteur bancaire global, sous licence, capable de distribuer davantage de crédit, de capter plus de dépôts et de transformer des utilisateurs secondaires en clients bancaires principaux.

2 milliards € de profit : Revolut change d’échelle et accélère sa conquête mondiale

Revolut confirme en 2025 son passage dans une autre dimension, avec des résultats financiers et opérationnels qui le placent désormais parmi les acteurs bancaires les plus puissants en Europe et au-delà.

  • Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 5,3 milliards d’euros, en hausse de 46% sur un an, porté par une diversification très poussée de ses revenus. Aucun segment ne domine à lui seul : paiements, abonnements, change, investissement et intérêts contribuent tous à la croissance, avec notamment 1,2 milliard d’euros générés par les paiements par carte et 828 millions d’euros via les abonnements .
  • Côté rentabilité, Revolut frappe fort avec un bénéfice avant impôt de 2 milliards d’euros (+57%) et un résultat net de 1,5 milliard d’euros (+65%). La marge opérationnelle atteint 38%, un niveau rarement observé dans le secteur bancaire traditionnel .
  • La croissance ne se limite pas aux revenus. La base clients explose avec 68,3 millions d’utilisateurs particuliers (+30%) et 767 000 clients professionnels (+33%). Les dépôts suivent la même trajectoire, atteignant 57,5 milliards d’euros (+66%), signe d’une confiance accrue des utilisateurs .
  • Sur le plan opérationnel, l’activité est massive : 1 475 milliards d’euros de transactions traitées en 2025 (+65%), tandis que le portefeuille de crédit double pour atteindre 2,5 milliards d’euros .

La France devient un marché stratégique, avec 7 millions de clients (+55%) et des usages en forte progression, notamment sur les paiements, l’épargne et les abonnements .

Revolut a traité près de 1 500 milliards d’euros de transactions en un an, soit l’équivalent du PIB d’un pays comme l’Espagne.

Avec un objectif de 100 millions de clients d’ici 2027 et des investissements massifs, Revolut accélère clairement sa transformation en banque globale.

Ce que change vraiment la banque lancée au Royaume-Uni

Suite à l’annonce du 11 mars 2026, Revolut Bank UK Ltd peut désormais opérer comme banque au Royaume-Uni, avec un déploiement progressif de comptes courants pour les nouveaux clients, puis une migration par étapes des clients déjà existants. Le groupe part avec une base de 13 millions de clients britanniques, ce qui lui donne une masse critique immédiate. Surtout, cette licence ouvre la porte à une gamme bancaire plus large, notamment les dépôts protégés par le FSCS, ainsi qu’à de futurs produits de crédit. Pour Revolut, le Royaume-Uni n’est pas un marché périphérique, c’est son marché d’origine. Obtenir enfin cette capacité bancaire complète sur son terrain domestique change la nature du groupe aux yeux des régulateurs, des investisseurs et des clients.

Concrètement, cela rapproche Revolut du modèle des grandes banques de détail. Une fintech qui vit surtout des paiements, du change, des abonnements et des services annexes n’a pas la même rentabilité qu’une banque capable d’ajouter du prêt personnel, des cartes de crédit, du découvert autorisé ou, à terme, du crédit immobilier. Les chiffres publiés le 24 mars 2026 montrent déjà cette bascule économique. En 2025, les revenus du groupe ont bondi de 46% à 6 milliards de dollars, le résultat avant impôt a grimpé de 57% à 2,3 milliards de dollars, et le portefeuille de crédit a progressé de 120% à 2,9 milliards de dollars. Cela signifie qu’au-delà du marketing et de l’interface mobile, Revolut construit aussi un moteur bancaire classique, fondé sur le bilan, la marge d’intérêt et la relation principale avec le client.

Pourquoi la relance aux États-Unis compte autant

Le 5 mars dernier, Revolut a annoncé le dépôt d’une demande de charte bancaire nationale auprès de l’Office of the Comptroller of the Currency et de la Federal Deposit Insurance Corporation. Le groupe a précisé que l’entité visée porterait le nom de Revolut Bank US, N.A. En parallèle, Cetin Duransoy a été nommé CEO pour les États-Unis. L’intérêt d’une telle licence est très concret. Elle permettrait à Revolut d’opérer sous un cadre fédéral unique dans les 50 États, d’accéder plus directement aux infrastructures de paiement américaines comme Fedwire et ACH, et de proposer elle-même des dépôts assurés, des prêts personnels et des cartes de crédit. Autrement dit, Revolut ne se contenterait plus d’une présence commerciale ou de partenariats locaux. Elle pourrait bâtir un vrai socle bancaire dans le premier marché financier du monde.

Le mot “redemande” n’est pas anodin. Revolut avait déjà engagé une première étape aux États-Unis en 2021 avec un dépôt préliminaire de dossier. Depuis, le groupe a aussi étudié l’achat d’une banque américaine avant de revenir vers une approche plus directe avec une licence propre. Entrer sur le marché bancaire américain reste complexe, même pour une société valorisée 75 milliards de dollars fin 2025 selon Reuters. Mais Revolut considère désormais que sa taille mondiale justifie une stratégie autonome et non plus un simple contournement par acquisition. C’est un signe de confiance, mais aussi un pari réglementaire ambitieux. Le groupe s’expose davantage, car une licence bancaire américaine impose un niveau d’exigence très élevé sur la conformité, la gouvernance et la gestion du risque.

Une ambition mondiale qui devient plus crédible

L’intérêt de ces deux mouvements n’est pas seulement géographique. Ensemble, ils renforcent la thèse d’une banque numérique mondiale, souvent affichée par Nik Storonsky, mais longtemps jugée encore théorique. En réalité, les chiffres récents donnent du poids à cette ambition. Revolut a clôturé 2025 avec 68,3 millions de clients particuliers, 767 000 clients business, 67,5 milliards de dollars de soldes clients et une présence de banque agréée dans plus de 30 de ses 40 marchés. Le groupe dit viser 100 millions de clients d’ici mi-2027. Quand une entreprise de dix ans combine encore une forte croissance commerciale, une rentabilité élevée et plusieurs dossiers bancaires en parallèle, elle change de catégorie. Elle ne ressemble plus seulement à une néobanque de voyage ou à une app de change.

Pour les clients européens, et notamment français, ce mouvement a aussi une portée symbolique. Revolut dispose déjà d’une licence bancaire européenne via Revolut Bank UAB en Lituanie, avec une succursale française enregistrée à Paris. En 2025, le groupe a par ailleurs installé à Paris un siège pour l’Europe de l’Ouest dirigé par Béatrice Cossa-Dumurgier, avec en ligne de mire l’ancrage local et la relation avec les régulateurs français et européens. En clair, Revolut ne gère plus seulement son expansion depuis Londres, le groupe se régionalise, se régule et se densifie. Pour un marché français encore très dominé par les réseaux historiques, cela nourrit l’idée qu’un acteur mobile-first peut devenir une banque de premier rang sans reprendre les codes lourds des établissements traditionnels.

Ce que cela peut changer pour les clients français

À court terme, la licence britannique ne change pas directement les conditions du compte Revolut en France. Mais elle peut avoir des effets indirects très concrets. Une banque qui obtient des validations réglementaires supplémentaires dans des marchés majeurs gagne en crédibilité pour développer de nouveaux produits, attirer davantage de dépôts, améliorer son coût de financement et négocier sa croissance sur des bases plus solides. Pour un particulier français, cela peut se traduire à moyen terme par une offre plus large, des services de crédit plus étoffés, une marque perçue comme plus stable et un usage plus fréquent de Revolut comme compte principal plutôt que comme compte d’appoint pour les voyages. C’est un point important car beaucoup d’utilisateurs français gardent encore Revolut pour les paiements à l’étranger, le change ou les dépenses du quotidien, sans y domicilier pleinement leurs flux financiers.

Prenons un exemple simple. Un client qui utilise Revolut seulement pour partir une semaine en Espagne n’exploite qu’une petite partie de l’écosystème. En revanche, un client qui y domicilie son salaire, répartit son budget avec les Pockets, utilise un compte joint, place une partie de sa trésorerie sur le compte d’épargne, puis investit via l’application entre dans une logique de banque principale. C’est précisément ce glissement que Revolut cherche à accélérer. Et ce basculement est plus facile à obtenir quand la marque ne se présente plus comme une simple fintech agile, mais comme un groupe bancaire international de plus en plus encadré.

Les services Revolut disponibles en France

En France, Revolut propose toujours une entrée de gamme Standard gratuite, puis les formules Plus à 3,99 euros par mois, Premium à 9,99 euros, Metal à 16,99 euros et Ultra à 55 euros par mois en offre promotionnelle au moment de la vérification.

Le compte permet notamment de disposer d’un IBAN local en France, d’envoyer et recevoir de l’argent, de détenir et convertir plus de 30 devises, de suivre son budget, d’ouvrir un compte joint, d’accéder à une offre pour enfants, ainsi qu’à des services d’investissement avec rappel du risque de perte en capital.

Revolut met aussi en avant un compte Pro pour les freelances avec cashback selon l’abonnement.

Côté épargne, la plateforme affiche jusqu’à 2,25% brut selon l’abonnement, avec en parallèle une offre promotionnelle temporaire à 3,1% par an jusqu’au 31 décembre 2026 pour certains nouveaux clients ou premiers comptes d’épargne, sur les soldes éligibles jusqu’à 15 000 euros.

Pour un acteur né comme solution de paiement, l’éventail est désormais celui d’une banque numérique très large, en train de solidifier son socle réglementaire sur plusieurs continents.

Par Tony L.

Passionné d'économie et de technologie, Tony vous propose des articles et des dossiers exclusifs dans lesquels il partage avec vous le fruit de ses réflexions et de ses investigations dans l'univers de la Blockchain, des Cryptos et de la Tech.

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