Repenser le système du crédit autrement par Anice Lajnef

Publié le - Auteur Par Emmanuelle Audibert
Repenser le système du crédit autrement par Anice Lajnef

Actuellement, l’État intervient dans tous les secteur de l’économie. Pour la banque, il s’implique beaucoup sur le plan des crédits et prêts, a posteriori, via des crédits d’impôts par exemple. Et s’il y avait moyen de faire autrement ?

Le fonctionnement des crédits bancaires

Dans un article publié sur Mediapart, Anice Lajnef, ancienne trader de la Société Générale, évoque une autre façon d’envisager l’intervention étatique.

Rappel sur les crédits bancaires

Anice Lajnef nous rappelle tout d’abord le fonctionnement d’un prêt bancaire. La banque prête un capital à l’emprunteur, 100€ par exemple, et demande un taux d’intérêt annuel en contrepartie de ce prêt, par exemple 5% par an.

Après un an, l’emprunteur doit donc à la banque 105€ : 100€ de capital et 5€ d’intérêts.

Mais pourquoi donc la banque se fait-elle payer un taux d’intérêt sur le capital prêté ?

Il s’agit, pour Anice Lajnef, d’une protection contre le risque de défaillance de l’emprunteur. La banque se couvre en demandant des intérêts à tous les emprunteurs, de manière à compenser ses pertes sur les quelques emprunts qui ne seront pas remboursés.

L’analyse est ici très simple, voire simpliste, car la banque finance également avec le taux d’intérêt prélevé ses frais de fonctionnement, son développement et la rentabilité de son capital…

Et si les taux sont négatifs ?

Personne ne bénéficie, pour l’instant, d’un crédit immobilier avec un taux négatif…

Mais les états, eux, peuvent emprunter auprès de la BCE, d’autres états et d’établissements financiers, à des taux négatifs.

En réalité, le taux d’intérêt traduit aussi une perception (positive ou négative) de ce que l’avenir économique nous réserve.

S’il est positif, c’est qu’on s’attend à ce qu’il y ait de la croissance, permettant de rembourser davantage que le capital emprunté.

S’il est négatif, c’est qu’on pense que les choses ne vont pas très bien, et qu’il est peu probable que l’emprunteur puisse rembourser l’ensemble du capital à l’échéance du prêt…

Comment modifier l’intervention de l’État pour favoriser l’intérêt collectif ?

Sur base de ces observations, Anice Lajnef fait une proposition très originale.

Et si on adaptait les taux d’intérêts en fonction de l’intérêt du projet ?

La proposition est simple : l’État pourrait octroyer des bonus et des malus, dès l’émission des prêts et crédits, pour favoriser certains projets au détriment d’autres projets.

Un projet très favorable à la transition écologique ou à l’inclusion sociale, par exemple, bénéficierait d’un bonus de 4%. A la place d’emprunter au taux de 2%, l’emprunteur bénéficierait d’un taux d’intérêt réduit : passant de + 2% à – 2% !

Un projet qui, au contraire, serait polluant ou spéculatif, se verrait imposer un malus de 5% (il s’agit d’un exemple). Son taux d’intérêt passerait alors de + 2 à + 7%.

Pourquoi cette proposition est-elle si intéressante ?

Cette proposition est intéressante, selon nous, à plusieurs titres.

Tout d’abord, son “assiette” est large, elle peut en effet – sur le principe – s’appliquer à tout emprunt réalisé sur le territoire français. Les établissements bancaires étant en effet dans l’obligation de respecter des règles prudentielles strictes lors de l’émission d’un prêt, une couche supplémentaire ne changerait pas grand-chose à leur fonctionnement existant.

On pourrait donc relativement facilement avoir un impact majeur, en s’appuyant sur une masse financière très significative (à titre indicatif, rien que pour l’encours des ménages français en prêts immobiliers, le volume des emprunts s’élevait à 1.350 milliards d’€ en juin 2021).

Cette idée permet aussi de flécher les investissements vers des projets porteurs de sens pour le “bien commun”.

A l’heure où de nombreuses crises concomitantes secouent la France et l’Europe, l’un des leviers des nécessaires transitions (économiques, écologiques, démocratiques et fiscales) est bien celui de l’investissement. Cette proposition de jouer sur les taux d’intérêts appliqués aux prêts et crédits semble à creuser !

Par Emmanuelle Audibert

Rédactrice en école de journalisme à Aix-en-Provence

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