Indexer quelque chose sur l’inflation peut-il être dangereux ?

Publié le - Auteur Par Mathieu M
Indexer quelque chose sur l’inflation peut-il être dangereux ?

L’inflation est au sommet : les prix progressent en France de l’ordre de + 5% en rythme annuel. Dans un souci de justice sociale, on pourrait alors se demander s’il faut indexer les salaires, retraites et autres aides sociales sur l’inflation. Mais est-ce vraiment une bonne idée ?

Indexations et conséquences…

Parcourons les différentes indexations possibles, et leurs effets positifs ou négatifs pour les français.

L’indexation du SMIC sur l’inflation

Indexer le SMIC sur l’inflation semble être une bonne idée pour aider les salariés les moins bien payés.

Problème : avec les augmentations régulières du niveau du SMIC, les négociations de salaires deviennent déconnectées de la réalité. En effet, de plus en plus de salariés se font “rattraper” par le SMIC. A vouloir trop aider, on creuse les injustices. Le SMIC a, par exemple, récemment été réévalué à 1649€ bruts par mois. Les salariés qui gagnaient déjà ce salaire, et étaient donc au-dessus du SMIC, se retrouvent maintenant au SMIC…

Pour éviter cet écrasement de la hiérarchie des salaires, et la démotivation des salariés qui peut en découler, il devient alors nécessaire d’augmenter tout le monde… Ce ne sont donc pas que les salariés au SMIC qui voient leur salaire augmenter, mais aussi les cadres.

Le résultat est que la masse salariale des entreprises s’alourdit, et qu’au final, l’entreprise peut moins investir, devient moins compétitive, et peut finir par être contrainte de licencier des salariés ! Exactement l’inverse de ce qui est visé par une indexation du SMIC… Sans oublier le fait que toutes les entreprises ne peuvent augmenter tout le monde.

La réponse n’est donc pas pérenne. 

L’indexation des retraites sur l’inflation

Du côté des retraites, en France, il était grand temps de procéder à une revalorisation, qui devrait avoir lieu pendant l’été ! En effet, au cours des dernières années, les retraités français n’ont pas vu leur retraite valorisée aussi fortement que l’inflation, et ils sont donc perdants au niveau de leur pouvoir d’achat.

Mais le fait d’indexer en partie le niveau des retraites sur l’inflation implique, dans notre système par répartition, une conséquence directe et néfaste : l’augmentation des déficits du système des retraites, ou la nécessité de prendre d’autres décisions moins populaires :

  • allongement de la durée du travail,
  • augmentation des cotisations retraites.

Ces effets de bord créent donc d’autres “victimes” (les actifs et les entreprises) en contrepartie de cette décision bénéfique pour les retraités.

Une fois de plus, la solution n’est pas viable à long terme.

L’indexation des taux d’intérêts de l’épargne

Du côté des produits d’épargne, le livret A voit son taux maintenu à 1%, soit bien en-dessous du niveau de l’inflation. Comme nous l’avions déjà indiqué , on perd de l’argent actuellement lorsqu’on le place sur un livret d’épargne réglementé. L’inflation est plus forte que le taux d’intérêt versé.

Pour autant, le livret A sert une fonction sociale importante : les sommes qui y sont placées sont utilisées pour construire des logements sociaux (HLM).

Si on augmente le taux proposé aux détenteurs d’un livret A, cela va mécaniquement limiter les moyens investis dans les HLM en France.

On se retrouve donc face à un dilemme : augmenter le pouvoir d’achat, via une épargne mieux rémunérée, mais en contrepartie, disposer de moins de logements sociaux à proposer aux plus défavorisés. Moins de logement sociaux, entraine une baisse de la construction et augmente la précarité d’une tranche de la population qui peine déjà à se loger.

L’indexation des loyers

Du côté des baux, le dernier IRL (indice de révision des loyers), mi-avril, faisait état d’une augmentation possible de 2,48% des loyers. Les aides au logement suivront, mais plus tard, ce qui risque temporairement de limiter encore davantage le pouvoir d’achat des ménages qui louent leur logement…

Certains propriétaires pourraient toutefois oublier de revaloriser le niveau du loyer, ou ne pas le faire, volontairement. La santé financière des bailleurs est en effet bonne en France et c’est un effort qu’ils pourraient consentir pour aider leurs locataires. Ceci est un point de vu et tous les propriétaires ne sont pas logés à la même enseigne. Rappelons l’expression récemment utilisée par Robin Rivaton et colportée dans la presse : « les propriétaires sont les futurs gilets jaunes.« 

L’indexation des impôts sur l’inflation

Enfin, pour les impôts, la taxe foncière devrait augmenter cette année de 3,4%, étant donné qu’elle augmente en suivant l’inflation en glissement annuel. C’est loin d’être négligeable.

Certaines communes font même le choix d’augmenter leur taux d’imposition, comme à Marseille, où la hausse devrait atteindre 14% !

Pour conclure : il n’y a pas de solution miracle !

Comme on peut le voir, l’idée d’indexer les revenus sur l’inflation peut sembler – a priori – comme une façon d’aider les français à conserver leur pouvoir d’achat. Mais c’est une vision court termiste. Il n’y a pas de miracle : lorsqu’on augmente un revenu, cela crée une réaction en chaîne qui finit par coûter à quelqu’un. Par exemple, augmenter le niveau du SMIC finit par coûter en compétitivité des entreprises. Et à l’inverse, augmenter le taux d’un impôt réduit le pouvoir d’achat.

L’inflation est donc pernicieuse, il est difficile de s’attaquer à ses conséquences sans empirer la situation !

Une refonte structurelle de notre économie avec un Etat moins interventionniste serait une idée.

 

Par Mathieu M

Mathieu est un rédacteur professionnel qui a exercé chez des acteurs de la banque en ligne et qui connaît bien ce secteur. C'est un slasheur qui cumule de nombreuses activités et passions.

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