Revolut poursuit son développement international sans relâche. Le 9 octobre 2025, la fintech britannique a obtenu le feu vert de la Superintendencia Financiera de Colombia pour créer Revolut Bank Colombia S.A.. Cette autorisation marque la première phase du processus d’obtention d’une licence bancaire locale, et surtout une avancée majeure dans la conquête du continent sud-américain.
Un feu vert stratégique dans un marché en pleine mutation
La Colombie figure parmi les marchés les plus dynamiques d’Amérique latine. Selon les données de la Banque mondiale, près de 55% des adultes disposent d’un compte bancaire, mais l’usage des services financiers numériques progresse à grande vitesse : plus de 70% des transactions s’effectuent déjà via mobile ou applications.
C’est dans cet environnement que Revolut a décidé d’investir 146 milliards de pesos colombiens, soit environ 32 millions d’euros, pour implanter une véritable structure bancaire locale. L’entreprise prévoit de proposer, dès 2026, une gamme complète de produits : comptes d’épargne, transferts internationaux instantanés et gratuits entre clients Revolut, cartes de crédit, et d’autres services encore en préparation.
Cette première autorisation dite Autorización de Constitución permettra à Revolut de mettre en place ses infrastructures et d’embaucher ses équipes locales avant d’obtenir la licence d’exploitation complète, dernière étape avant le lancement commercial.
La stratégie latino-américaine de Revolut prend forme
Depuis 2023, Revolut a entamé une offensive méthodique sur le continent latino-américain. Après le Brésil, où la néobanque a lancé ses activités au printemps 2023, la fintech s’est rapidement tournée vers l’Argentine, le Mexique, et désormais la Colombie, où elle ambitionne de s’imposer comme une référence en matière de banque digitale.
Ceci s’inscrit dans un plan largement plus global : Revolut veut devenir l’une des trois principales applications financières sur chaque marché où elle s’implante. En combinant une expérience utilisateur fluide, des frais faibles et une infrastructure technologique mondiale, la société britannique espère séduire une population jeune, ultra-connectée et souvent déçue par les établissements bancaires traditionnels.
Un pari sur la bancarisation numérique de la Colombie
Pour Revolut, le potentiel colombien est immense. Le pays compte plus de 52 millions d’habitants, dont une majorité de jeunes actifs familiers du paiement mobile et des cryptoactifs. Pourtant, une large part de la population reste sous-bancarisée, notamment dans les zones rurales.
L’arrivée d’un acteur international capable d’offrir des transferts instantanés, des comptes multidevises et une gestion simplifiée de l’épargne pourrait accélérer la modernisation du système financier local.
Diego Caicedo, PDG de Revolut Bank Colombia, a d’ailleurs souligné que cette autorisation « représente une étape importante vers la transformation du paysage financier colombien » et que l’objectif est de « créer un écosystème plus inclusif et technologiquement avancé ».
Concrètement, l’offre Revolut devrait séduire autant les particuliers que les petites entreprises : paiements internationaux simplifiés, gestion multicomptes, notifications instantanées, et potentiellement à terme, des produits d’investissement ou d’assurance.
Une démarche réglementaire encadrée et prudente
Le système bancaire colombien est l’un des plus strictement encadrés d’Amérique latine. L’autorisation obtenue par Revolut correspond à la première étape réglementaire : elle permet de constituer l’entité juridique et de lancer la phase dite « pré-opérationnelle ».
Cette phase sert à bâtir les équipes, mettre en place les systèmes de conformité, les procédures anti-blanchiment et les partenariats technologiques. Ce n’est qu’après validation de la Superintendencia Financiera que la fintech pourra obtenir la “Licencia de Funcionamiento”, indispensable pour démarrer les activités auprès du grand public.
L’investissement initial de 32 millions d’euros témoigne du sérieux du projet. Pour comparaison, les investissements initiaux observés lors de l’arrivée de Revolut en Inde et au Brésil se situaient entre 25 et 35 millions d’euros, ce qui place la Colombie dans la même catégorie stratégique.
Un modèle d’expansion mondial bien rodé
Revolut ne s’avance pas en terrain inconnu. Son modèle de développement repose sur une adaptation locale des fonctionnalités tout en conservant un cœur technologique unifié.
En Europe, la néobanque s’est imposée en combinant compte multidevise, carte de paiement gratuite, investissements en actions et cryptomonnaies, et outils de gestion budgétaire. En Asie et en Océanie, elle a su ajuster son offre aux réglementations locales, misant sur la flexibilité et l’innovation.
Son expansion latino-américaine suit la même logique : chaque pays obtient une entité réglementée locale, mais profite des mêmes standards de sécurité et de performance que les 39 autres marchés déjà couverts.
Carlos Urrutia, responsable de l’expansion internationale chez Revolut, l’a résumé ainsi : « Cette licence témoigne de notre confiance envers la Colombie et la région. Nous voulons offrir aux Colombiens et aux entreprises locales des solutions innovantes, transparentes et flexibles. »
Un impact attendu sur la concurrence bancaire locale
Le marché colombien est actuellement dominé par quelques grands groupes comme Bancolombia, Davivienda ou Banco de Bogotá, qui concentrent près de 70% des dépôts. Ces acteurs ont lancé leurs propres applications mobiles, mais leurs frais élevés et leur manque d’interopérabilité laissent une marge de manœuvre aux néobanques.
L’arrivée de Revolut pourrait intensifier la concurrence, forçant les acteurs historiques à réduire leurs coûts et à améliorer leurs services digitaux.
Pour les consommateurs, cette nouvelle offre pourrait signifier moins de frais sur les virements internationaux, plus de transparence sur les taux de change, et une expérience bancaire totalement mobile, sans paperasse ni passage en agence.
La construction d’une “banque mondiale”
Depuis sa création en 2015, Revolut avance avec une vision claire : bâtir la première banque mondiale. Son infrastructure est déjà capable de gérer plus d’un milliard de transactions par mois, et elle revendique désormais plus de 65 millions de clients dans le monde.
L’entreprise dispose de licences bancaires en Lituanie, dans plusieurs pays européens, et désormais en expansion vers l’Amérique, l’Asie et l’Océanie. Ce modèle international lui permet d’unifier les opérations tout en respectant les régulations locales.
La Colombie devient ainsi un pionnier régional pour Revolut en Amérique du Sud, un hub potentiel pour d’autres marchés voisins à moyen terme.
Revolut, un acteur à suivre aussi en France
Pour les particuliers français, Revolut n’est plus une simple néobanque. Avec ses offres Standard, Plus, Premium, Metal et Ultra, la fintech s’adresse aussi bien aux voyageurs qu’aux investisseurs. Ses atouts : taux de change réels, transferts internationaux gratuits entre clients, cartes virtuelles sécurisées, et un accès simplifié à l’investissement (actions, ETF, cryptomonnaies).
Son ambition dépasse la simple gestion quotidienne : Revolut se positionne comme un écosystème financier complet, capable de centraliser les comptes, l’épargne, le crédit et les placements.