Une réforme fiscale majeure se profile en France
En octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté un amendement qui pourrait profondément remodeler la façon dont les patrimoines sont imposés. Initialement centré sur l’immobilier via l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI), le débat se tourne désormais vers une fiscalité globale incluant les actifs financiers.
Plus de 35 milliards d’euros sont aujourd’hui logés dans des produits comme l’assurance vie, l’or ou encore les cryptomonnaies. Ces actifs pourraient bientôt entrer dans le périmètre de l’imposition.
Quels actifs pourraient être concernés ?
Si la réforme est votée, plusieurs formes d’épargne actuellement exonérées de l’IFI pourraient être soumises à une nouvelle imposition :
- Assurance-vie : particulièrement les unités de compte et les contrats dont l’encours dépasse un certain seuil,
- Or d’investissement : lingots, pièces, ETF or physiques,
- Cryptomonnaies : Bitcoin, Ethereum, stablecoins et autres actifs numériques,
- Comptes-titres : actions, obligations et autres supports boursiers.
La logique derrière cette extension s’appuie sur un besoin de justice fiscale. Selon un rapport du FMI de 2023, la concentration des patrimoines financiers a explosé ces dix dernières années, avec 10% des ménages français détenant plus de 60% de l’épargne globale.
Remplacement de l’IFI : vers un autre impôt plus large ?
L’IFI, instauré en 2018 en remplacement de l’ISF, ne cible que les biens immobiliers d’une valeur supérieure à 1,3 million d’euros. Cela a laissé hors de portée des milliards d’euros investis ailleurs. Le nouveau dispositif envisagé vise à élargir l’assiette d’imposition pour rééquilibrer la fiscalité entre les différentes classes d’actifs.
Cette réforme s’inscrit dans un contexte européen où plusieurs pays tentent de moderniser la fiscalité du capital. En Espagne, par exemple, la « taxe sur la grande fortune » instaurée en 2022 inclut déjà les actifs financiers au-delà de 3 millions d’euros.
Quel impact pour les épargnants ?
Les Français sont particulièrement attachés à leur épargne : plus de 2 000 milliards d’euros dorment sur des produits d’investissement, selon la Banque de France. Voici ce que la réforme pourrait impliquer :
- Diminution de la rentabilité nette : toute nouvelle fiscalité pèse directement sur le rendement après impôt.
- Optimisations fiscales à repenser : l’intérêt de loger ses actifs dans l’assurance vie pourrait être remis en question.
- Déplacements d’actifs : certains investisseurs pourraient se tourner vers des actifs plus discrets ou des juridictions fiscalement avantageuses.
Un sondage réalisé par IFOP en novembre 2023 indique que 63% des Français redoutent une hausse de la fiscalité sur leur épargne. Cette inquiétude est encore plus marquée chez les 45-65 ans, qui concentrent les plus gros volumes d’épargne non immobilière.
Les cryptomonnaies, bientôt dans le viseur fiscal ?
Longtemps considérées comme des actifs anonymes et peu réglementés, les cryptomonnaies sont désormais scrutées par le fisc. Depuis 2019, leur cession génère une imposition sur les plus-values, mais elles restent exclues de l’IFI.
Le nouveau projet fiscal leur offrirait une place centrale. Un portefeuille contenant du Bitcoin ou de l’Ethereum pourrait être intégré dans la base de calcul du nouvel impôt. Cela reflète une tendance mondiale : l’Union européenne a adopté en 2023 le règlement MiCA (Markets in Crypto Assets), qui renforce la surveillance sur ces actifs.
Assurance-vie : encore un refuge fiscal ?
Produit favori des épargnants français, l’assurance vie représente plus de 1 800 milliards d’euros d’encours. Son traitement fiscal avantageux repose en grande partie sur une exonération d’IFI (hors unités immobilières). Ce privilège pourrait prendre fin.
Selon la proposition discutée, seuls les contrats dont la valeur dépasse un certain seuil (ex. : 250 000 € par personne) seraient affectés. Cette mesure viserait à préserver l’épargne populaire tout en taxant les grandes fortunes.
L’or : une valeur refuge, mais plus si discrète
Avec l’inflation et l’instabilité économique, l’or a regagné en popularité. Pourtant, il reste peu fiscalisé dans le cadre actuel. En l’intégrant dans le nouvel impôt, l’État entend capter une partie de la richesse stockée dans ce métal précieux.
Cette décision pourrait toutefois modifier le comportement des investisseurs, notamment ceux qui stockent de l’or hors de France ou utilisent des véhicules comme les ETF aurifères non déclarés localement.
Ce que cela signifie pour la planification patrimoniale
La création d’un impôt sur la fortune élargi obligera épargnants et investisseurs à repenser leur stratégie. Il sera crucial de :
- Réévaluer la structure de son patrimoine,
- Consulter un expert fiscal ou un gestionnaire de patrimoine,
- Comparer les produits d’investissement en fonction de leur traitement fiscal futur.
Des simulations montrent qu’un patrimoine financier de 2 millions d’euros pourrait supporter une taxe annuelle de 1% à 1,5%, selon les modalités du projet. Cela équivaut à une charge de 20 000 à 30 000€ par an.
Une fiscalité qui se cherche et qui est toujours plus lourde
La réforme de l’IFI vers un impôt plus complet sur la fortune financière reflète une volonté de justice sociale et d’adaptation aux nouvelles formes de détention d’actifs. Elle soulève néanmoins de nombreuses interrogations :
- Comment seront évaluées les cryptomonnaies ?
- Quel seuil d’exonération sera appliqué pour les petits épargnants ?
- Les expatriés fiscaux seront-ils concernés ?
Les mois à venir seront décisifs. Une chose est sûre : le paysage fiscal français évolue. Mieux vaut s’y préparer dès maintenant.
Et vous, comment anticipez-vous cette réforme fiscale ?
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