Crise politique en France : l’impasse du « en même temps »

Publié le - Auteur Par Danielle B -
Crise politique en France : l’impasse du « en même temps »

L’héritage paradoxal du « en même temps »

En 2017, Emmanuel Macron lançait sa présidence avec une promesse audacieuse : dépasser les clivages traditionnels droite/gauche. Cette stratégie baptisée « en même temps » visait à concilier des idées opposées pour unifier le pays. Plus de sept ans plus tard, une fracture idéologique s’est creusée. Selon l’enquête CEVIPOF 2025, 64% des Français considèrent que leur démocratie fonctionne mal. Seuls 14% des Français accordent leur confiance à notre Président. Et 78% estiment qu’Emmanuel Macron est un Mauvais Président !

Un symptôme flagrant de la crise de cohérence politique.

Ce choix de gouvernance, combiné à une instabilité sociale persistante, provoque aujourd’hui un climat de confusion, que certains qualifient de véritable schizophrénie politique nationale. Une dérive alimentée par des politiques contradictoires et une communication difficilement lisible.

Les contradictions d’un pouvoir en tension permanente

Le principe du « en même temps » se voulait pragmatique. En réalité, il a souvent débouché sur :

  • Des réformes libérales du marché du travail adoptées pour rassurer les milieux économiques.
  • Des mesures sociales ponctuelles pour apaiser la colère populaire, notamment après la crise des Gilets Jaunes.
  • Des discours sécuritaires face à la montée du sentiment d’insécurité.
  • Un soutien aux institutions européennes tout en flattant de temps à autre la fibre souverainiste.

Cette instabilité dans les choix a nourri un sentiment de vide idéologique. L’électorat, se sentant de moins en moins représenté, s’est radicalisé. Le taux d’abstention a atteint plus de 52% aux législatives de 2022, un record sous la Cinquième République.

Une gouvernance court-termiste face aux crises sociales

La méthode macronienne s’est révélée surtout réactive. Face aux crises, les décisions sont prises au coup par coup, sans vision de long terme.

Quelques exemples :

  • Pandémie de Covid-19 : mesures sévères puis évitement du débat sanitaire (obligations vaccinales implicites, sans cadre clair).
  • Réforme des retraites : imposée malgré un rejet massif dans l’opinion publique (70% contre selon l’IFOP).
  • Inflation et pouvoir d’achat : aides ponctuelles (chèque énergie, carburant) sans transformation structurelle.

Conséquence directe : la confiance dans les institutions est érodée, selon l’Institut Montaigne, seuls 35% des Français considèrent l’exécutif crédible sur le long terme.

Un électorat divisé, entre radicalisation et abstention

Le paysage électoral français s’est polarisé. Le modèle consensuel porté par Macron n’a pas apaisé, mais au contraire fracturé davantage. On observe :

  • Une progression constante de l’extrême droite (le Rassemblement National atteint 35% dans les intentions de vote selon Harris Interactive en 2025).
  • Une extrême gauche plus visible et mobilisée dans la rue (LFI – La France Insoumise).
  • Un centre épuisé, sans base militante forte ni ancrage territorial.
  • Une défiance croissante envers les partis traditionnels.

La promesse d’un renouveau démocratique semble très loin. Le « en même temps » donne le sentiment de naviguer à vue, sans boussole ni cap.

Identités et laïcité : tensions culturelles amplifiées

Sur les sujets sensibles comme l’identité nationale, la secularité ou l’immigration, la parole présidentielle joue souvent les équilibristes :

  • Condamnation de l’islamisme radical sans stigmatiser les croyants.
  • Promotion de la laïcité dans une optique « républicaine », mais floue.
  • Appels à l’ouverture et bonnes relations avec les pays d’Afrique tout en renforçant les frontières.

Ces positions peuvent paraître légitimes en apparence. Pourtant, leur formulation contradictoire entretient une impression d’incohérence culturelle et politique, accentuant les clivages identitaires en France.

Une stratégie de communication en désarroi

La communication présidentielle a changé de ton. Entre 2017 et 2024, Emmanuel Macron est passé :

  • D’un président « jupitérien » s’adressant au peuple de manière verticale.
  • À un président « pédagogue » multipliant les interviews explicatives.
  • Puis à un président réactif, parfois discret face aux polémiques les plus vives.

Ce va-et-vient permanent a brouillé la lisibilité de son action. Selon le baromètre Kantar Public, seul 1 Français sur 4 comprend le sens de la politique menée actuellement.

Vers un épuisement du modèle politique actuel ?

Le projet centriste semble épuisé. Ni totalement social, ni véritablement libéral, le pouvoir vacille entre priorités. Cette attitude contribue à faire de la politique un théâtre d’illusions, où les véritables choix sont évités, remplacés par des ajustements temporaires.

La « schizophrénie politique » dénoncée par les observateurs devient perceptible au quotidien : des injonctions contradictoires sur les normes écologiques, les aides sociales ou la souveraineté économique génèrent incompréhension et fatigue démocratique.

Quels chemins pour sortir de l’impasse ?

Plusieurs pistes peuvent redonner du sens :

  • Clarifier les positions politiques au-delà des slogans.
  • Renforcer la démocratie participative et les délibérations citoyennes (conventions, référendums).
  • Assumer des choix clairs même impopulaires mais sur le long terme.
  • Rééquilibrer les pouvoirs entre exécutif, Parlement et société civile.

Comme le disait Simone Weil : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité ». Peut-être est-il temps d’écouter réellement les signaux de la société française.

Repenser le contrat politique français

La stratégie du « en même temps », bien qu’ambitieuse au départ, semble se heurter aux limites du réel. Confondre synthèse et neutralité aboutit à l’immobilisme. Entre incohérence stratégique et fatigue sociale, la France traverse une crise de lisibilité politique profonde.

Et si la vraie modernité consistait à choisir une direction claire plutôt que de tenter de toutes les emprunter ?

Qu’en pensez-vous ? Est-ce la fin de la politique du « en même temps » ? Partagez vos impressions en commentaire !

Par Danielle B

Rédactrice spécialisée sur les sujets : Argent, banque, budget.

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