L’envol de la bulle des néobanques

Publié le - Auteur Par Stéphanie Thomas
L’envol de la bulle des néobanques

KPMG, société leader en audit, conseil et expertise comptable, a publié fin juin le rapport semestriel sur l’état du marché des néo banques en France.
S’il y a une chose dont on peut être certain, c’est que ce secteur est en évolution permanente. Ce qui est normal puisqu’il repose sur un modèle 100% connecté et donc de nature évolutive. Le propre du web et de tout ce qui l’entoure est de s’adapter pour survivre, pratiquer le « test and learn » pour toujours améliorer ses fonctionnalités et son offre.

Néobanques: 3,5 fois plus de clients en 2 ans

En juin, le rapport indiquait 18 néo banques actives en France.
Ces néobanques disposent, selon Emmanuel Papadacci-Stephanopoli, le directeur Banque et expert en marketing bancaire de KPMG, au total de « 2,6 millions » de comptes clients actifs. C’est 3,5 fois plus de clients en deux années seulement. Emmanuel Papadacci-Stephanopoli rajoute que  « déjà 6 néo banques ont annoncé leur lancement d’ici les deux prochaines années. »

La liste des 18 acteurs qui exercent en France :

Il est possible de les classer en trois secteurs :

1) Les néo banques exclusivement dédiées aux particuliers :
– Nickel, qui devrait s’ouvrir prochainement à l’international,
– C-Zam, l’offre de Carrefour,
– Ditto, la néo banque de Travelex idéale pour les voyageurs,
– Morning, la néo banque rachetée par le Groupe E.Leclerc qui s’oriente vers les jeunes,
– Max, qui regroupe tous vos comptes en un seul et qui est une solution de Crédit Mutuel Arkea
– Orange Bank, issue du fameux acteur historique des télécoms,
– Xaalys pour les jeunes de 12 à 17 ans avec une partie éducative.

2) Les néo banques exclusivement dédiées aux professionnels :
– Manager.one,
– Qonto, la pépite française,
– Anytime et ses innovations surprenantes (prise de rdv avec un conseiller dans un photomaton…),
– Shine, qui aide les entrepreneurs dans la gestion de leur comptabilité,
– Holvi issue de la Finlande et dédiée aux indépendants.

3) Les néo banques ouvertes aux particuliers et aux professionnels:
– Veritas la carte prépayée,
– Sogexia avec son offre SmartPay,
– N26, la licorne allemande qui a l’offre la plus complète,
– Revolut, spécialisée dans la gestion de devises, qui permet aussi d’acheter des crypto et de bénéficier d’un service de conciergerie.
– Bunq, la néobanque néerlandaise dont le service lié aux devises repose sur la solution de TransferWise,
– Monese, la britannique qui offre une interface unique pour gérer des comptes pro ou perso sous plusieurs devises.

Et comme une image vaut 1000 mots, voici le récapitulatif issu de ce rapport en image.
Rond plein : btoc
Rond vide : btob

 

Liste Neobanques 2019

Les néobanques oubliées ?

Comme il est difficile de vraiment comptabiliser tous les acteurs de ce secteur, il se peut que certains aient été oubliés.
Nous nous permettons de rajouter quatre autres acteurs :
– la néobanque Paymount avec son offre de cashback SoShop,
Eko by CA, la néobanque du Crédit Agricole,
– TransferWise qui a une offre récente de carte de paiement, mais qui n’est pas une banque car elle n’en a pas la licence. C’est un établissement de monnaie électronique.
– Boon la mystérieuse néobanque allemande.
Les solutions de cartes prépayées : PayTop, Viabuy, Transcash et Carte Zero, peuvent-elles être ajoutées à la liste des néobanques au même titre que Veritas ?

Et il est fort probable que d’autres acteurs soient encore absents de cette liste. Les offres évoluent tellement rapidement et la communication de ces acteurs n’étant pas toujours claire et limpide que les erreurs sont forts probables.

Un point sur celles qui vont arriver

Les six néobanques qui sont classées dans la rubrique : « Coming Soon » ont déjà évolué.
– MaFrenchBank, la néobanque de La Poste, a été lancée le 22 juillet.
– Monzo annonce que la levée de fonds récente devrait leur permettre d’attaquer la France prochainement.

Un emballement du secteur :

Mikael Ptachek, responsable de Fintech chez KPMG indique que sur les 1,5 Milliards levés par la Fintech, 0,2 l’ont été par les néobanques. « Les acteurs les plus significatifs, …, disposent aujourd’hui de moyens financiers importants pour envisager leur développement à l’échelle européenne. »

Pourquoi un tel succès ?

Une partie des néobanques a été lancée en même temps que les premières banque en ligne. Certains les voient en concurrence directe avec celles-ci. Pourtant les solutions proposées par la néobanques sont à la fois plus spécialisées : focus sur les devises, les entreprises, le cashback ou les jeunes et à la fois moins fournies. Leurs solutions sont allégées : pas de crédit, pas de découvert, …. Elles restent 4 fois moins chères qu’une banque traditionnelle, mais sont plus chères qu’une banque en ligne.
La longue liste de la vingtaine d’acteurs existants est menée en tête par un trio gagnant.
Le Compte Nickel qui détient 1,3 millions de clients,
N26 avec 900 00 clients,
Revolut avec 650 000 clients.
Leurs succès repose sur une offre bien spécifique :
– Le compte Nickel est unique avec un réseau de distributeurs présents dans toute la France, se sont les buralistes qui acceptent l’argent liquide pour le transférer sur le compte des clients,
– N26 qui s’est associée avec les bons partenaires : Younited pour le crédit (c’est la seule néo banque à proposer du crédit), la gestion des devises passe par TransferWise, l’assurance est gérée par Allianz, et l’épargne par Raisin. Au final, N26 est la seule néo banque a avoir une offre si complète. Il ne lui manque plus que la gestion de l’argent liquide. Cependant, N26 est sous l’oeil vigilant des régulateurs européens.
– Revolut qui a un offre très intéressante sur les devises, ainsi qu’une solution pour les crypto et la conciergerie.

Des opportunités de développement

Le modèle des banques en ligne permet de proposer de l’épargne, du crédit … et d’autres solutions qui leur permettent de se financer.
Il semble à ce jour, très étrange de penser à faire d’une néo banque sa banque principale.
Cela pour plusieurs raisons :
– Les blocages de comptes, sujet complètement mis de côté et non abordé par le rapport de KPMG,
– Le fait que ces acteurs soient récents et qu’ils n’inspirent pas encore toujours confiance (le cas Hush en 2018 qui a fermé du jour au lendemain ou Soon By Axa qui a rapatrié ses clients chez Axa Banque),
– Le fait que les français soient encore attachés à leur banque d’origine avec une relation humaine …

Pourtant, Stéphane Dehaies, associé Banque de KPMG France, voit le futur des néo banques ainsi : « Pour assurer leur pérennité, les néo banques devront parvenir à imposer leur offre comme compte principal et non plus comme simple compte complémentaire… .Ces néo banques n’ont pas pour objectif principal d’être rentables à court terme. Leur objectif est d’atteindre une taille critique pour ensuite proposer des services complémentaires générateurs de valeur. Aujourd’hui, les offres se concentrent autour du paiement et très peu font du financement ou proposent des produits d’assurance. Ces acteurs ne pourront être rentables et donc confirmer la pérennité de leur business models que lorsqu’ils auront la notoriété et la confiance requise auprès des consommateurs pour développer des nouvelles offres spécifiques ou de cross-selling [vente croisée, ndlr] ».

Les risques de cet emballement

Cependant, aujourd’hui rares sont les acteurs rentables.
Les néo banques en ce moment utilisent ou brulent les fonds pour gagner des parts de marché.
TransferWise est un cas à part. L’établissement est rentable depuis 2017, car initialement TransferWise est spécialisé dans les devises et a ouvert sa solution en Open Banking.
Emmanuel Papadacci-Stephanopoli précise que « certaines néo banques vont peut-être disparaître mais elles sont portées par des entrepreneurs et des structures très souples. Certaines parviendront donc à se transformer en proposant d’autres offres qui sortent de la conception pure de la néo banque ».
Certaines structures qui devaient se lancer dans la course, comme le Groupe BPCE avec Fidor, décident de se retirer avant même d’ajouter leur solution.
Le résultat est que ces jeunes et récents acteurs de la finance chamboulent les règles du jeu. Les banques traditionnelles et les banques en ligne les voient d’un mauvais oeil. Ces trois typologies d’acteurs sont entrés dans une guerre concurrentielle. L’offre récente de Boursorama, Ultim est la réponse du leader des banques en ligne.

D’un point de vu externe, il semble évident que ces trois typologies d’acteurs sont en concurrence.
Pourtant, chacun a sa place, l’open banking devrait être une solution pour mutualiser leurs compétences. Des regroupement ou rapprochement vont certainement avoir lieu et les néo banques indépendantes seront certainement rachetées par des géants de la Finance comme le compte Nickel l’a été par la BNP Paribas.
L’arrivée des GAFA dans ce secteur va encore plus impacter le secteur.

En savoir plus sur KPMG :

KPMG est un cabinet d’expert indépendant. C’est un acteur important de l’audit, du conseil et de l’expertise comptable.
La Société Anonyme a été créée à Grenoble en 1922 et elle agit aujourd’hui sur plus de 150 pays.
Ici, elle a été mandatée pour réaliser un état des lieux des néo banques sur le territoire français.

Sources :

– Rapport du 1er semestre de KPMG France : Panorama des néo banques en France,
– Boursorama lance Ultim (article de ComparateurBanque)

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