Début 2026, un seuil symbolique a été franchi : selon un signal jugé “historique” par la BCE, l’or a dépassé les bons du Trésor américain dans les réserves mondiales. Ce basculement relance une question centrale pour l’épargne et les marchés : le dollar perd-il son statut de pilier monétaire ? La réponse reste nuancée. La ruée vers l’or reflète surtout une accélération de la diversification des banques centrales, face aux risques géopolitiques et financiers. Toutefois, le billet vert conserve des atouts structurels qui rendent sa “retraite” loin d’être actée.
Un signal “historique” : l’or passe devant les Treasuries
Le fait marquant du début 2026 tient en une comparaison simple. Les réserves d’or détenues par les banques centrales pèsent désormais plus que leurs détentions de Treasuries, ces obligations d’État américaines longtemps considérées comme l’actif refuge de référence.
Ce n’est pas un détail technique. Les réserves officielles orientent la confiance, les taux de change et, par ricochet, le coût du crédit. Quand une banque centrale achète, elle envoie aussi un message.
À retenir : ce mouvement ne “détrône” pas mécaniquement le dollar. Il signale plutôt une évolution des préférences de réserve et une volonté de réduire certaines dépendances.
Pourquoi les banques centrales se ruent sur l’or ?
Plusieurs facteurs se combinent. Ensemble, ils rendent l’or à nouveau attractif, surtout pour les pays souhaitant limiter leur exposition au système financier dominé par les États-Unis.
L’or, un actif “neutre” face aux sanctions financières
Le premier moteur est politique. L’or n’est la dette d’aucun État. Il ne dépend pas d’une infrastructure de paiement contrôlée par une puissance, ni d’un dépositaire étranger.
En clair, un stock d’or conservé localement est plus difficile à “geler” qu’un portefeuille de titres détenu via des circuits internationaux. Cette neutralité explique l’appétit de plusieurs banques centrales hors bloc occidental.
Volatilité des taux américains et risque de pertes obligataires
Les Treasuries restent “sûrs” en termes de risque de défaut, mais ils exposent à un autre risque : la fluctuation des taux. Quand les taux montent, la valeur des obligations déjà émises baisse.
Après les cycles de resserrement monétaire et les épisodes de tension sur les marchés, l’idée de détenir un peu plus d’or peut apparaître comme un amortisseur. L’or ne verse pas d’intérêt, mais il peut jouer un rôle de stabilisateur en cas de choc.
Incertitudes géopolitiques et fragmentation du commerce mondial
Les chaînes d’approvisionnement se reconfigurent et les alliances évoluent. Dans ce contexte, diversifier les réserves devient une stratégie de gestion des risques. Il s’agit moins de “parier contre le dollar” que de réduire une dépendance unique.
Une logique se dessine : un monde plus fragmenté pousse vers un système plus multipolaire. L’or redevient alors un point de convergence, car il est accepté partout.
Trajectoire budgétaire des États-Unis : un sujet scruté
Autre facteur cité par de nombreux observateurs : les déficits américains et la dynamique de la dette. Les marchés ont l’habitude de vivre avec, mais une trajectoire budgétaire perçue comme moins maîtrisée peut encourager une diversification graduelle.
Ce point ne signifie pas que les Treasuries “ne valent plus rien”. Il signifie que certaines banques centrales veulent un portefeuille moins concentré.
Alors, fin du dollar ? Non… mais une érosion relative
L’idée d’une “fin du dollar” revient souvent, surtout quand l’or flambe ou que les tensions géopolitiques montent. Pourtant, le dollar reste la monnaie pivot dans une grande partie du commerce international, des matières premières et de la finance.
Le basculement or > Treasuries ressemble davantage à un marqueur. Il suggère une érosion relative de la domination américaine, pas un effondrement immédiat du billet vert.
Les avantages structurels du dollar restent puissants
Plusieurs raisons expliquent la résilience du dollar. Elles dépassent la simple “confiance” et reposent sur des mécanismes profonds.
- Profondeur et liquidité : le marché américain est l’un des plus liquides au monde, avec une capacité d’absorption difficile à égaler.
- Infrastructure financière : l’écosystème de paiement, de compensation et de financement reste central.
- Effets de réseau : plus une monnaie est utilisée, plus elle devient pratique. Changer coûte cher et demande du temps.
- Référence de prix : pétrole, métaux et nombreux contrats restent libellés en dollars.
Comme l’a résumé l’économiste Barry Eichengreen, spécialiste de l’histoire monétaire, les monnaies internationales ne sont pas remplacées du jour au lendemain. Les transitions sont longues et souvent incomplètes.
L’or monte, mais il ne remplace pas une monnaie de transaction
L’or est un actif de réserve, pas une monnaie opérationnelle. Il ne sert pas à régler des importations au quotidien, ni à financer facilement des déficits commerciaux. Sa fonction est surtout patrimoniale : stocker de la valeur, diversifier, rassurer.
Cela explique pourquoi la hausse de l’or n’implique pas automatiquement une chute du dollar. Les deux peuvent coexister, avec des rôles différents.
Vers un système monétaire plus multipolaire
Le scénario le plus plausible est une recomposition progressive. Moins de concentration sur un seul actif ou une seule devise, et davantage de panachage entre or, dollar, euro et monnaies locales.
Ce mouvement est déjà visible dans les stratégies de réserve. Il se voit aussi dans certaines initiatives de paiement alternatif, ou dans l’usage accru de monnaies régionales dans les échanges bilatéraux.
À court terme, la multipolarité n’implique pas une disparition du dollar. Elle implique une concurrence plus forte, donc une nécessité accrue de confiance et de stabilité.
Quelles implications pour l’épargnant et l’investisseur ?
Pour un public de ComparateurBanque.com, l’enjeu est très concret. La montée de l’or dans les réserves mondiales alimente des questions sur l’épargne, le change et la protection contre l’inflation.
Ce que ce signal change (et ne change pas)
Ce signal ne doit pas être lu comme une consigne d’achat automatique. Il doit être lu comme un indicateur de régime : plus d’incertitude, et donc plus d’intérêt pour la diversification.
- À court terme : l’or peut être volatil et sensible aux taux réels, au dollar et au sentiment de risque.
- À moyen terme : l’or joue souvent un rôle de couverture lors des crises et des chocs géopolitiques.
- À long terme : une allocation raisonnable peut réduire le risque global, sans chercher à “timing” le marché.
Bonnes pratiques de diversification
Une diversification efficace vise l’équilibre. Elle évite les paris extrêmes, surtout quand un sujet devient très médiatisé.
- Éviter la concentration sur un seul actif refuge, qu’il s’agisse d’or, de dollar ou d’obligations.
- Comprendre le support : or physique, ETF adossé à l’or, actions minières. Les risques ne sont pas les mêmes.
- Garder une poche de liquidités pour les imprévus, via des supports sûrs et disponibles.
- Raisonner en objectifs : protection, rendement, horizon, et tolérance au risque.
Le point clé : l’or est une brique, pas un plan complet. Un portefeuille robuste combine plusieurs moteurs de performance et plusieurs protections.
Ce qu’il faut retenir
Le passage de l’or devant les Treasuries dans les réserves mondiales est un signal fort. Il montre que la diversification s’accélère, sous l’effet des sanctions, des tensions géopolitiques et des risques de marché liés aux taux américains.
Pour autant, le dollar conserve des avantages structurels majeurs. La transition vers un système multipolaire, si elle se confirme, sera graduelle. Elle se jouera sur la confiance, la stabilité et la capacité des autres zones à offrir des marchés aussi liquides.
Quel rôle l’or devrait-il jouer dans une stratégie d’épargne diversifiée : simple couverture, ou véritable pilier de long terme ?
Ceci n’est pas un conseil en investissement mais un partage d’information. Faites vos propres recherches. Il y a un risque de perte en capital.