Une arrivée qui bouscule la gestion privée durable
Goodvest First arrive sur un terrain longtemps occupé par les banques privées, les family offices et les conseillers en gestion de patrimoine haut de gamme. La promesse est de proposer une gestion privée personnalisée, digitale, transparente sur les frais et alignée avec l’Accord de Paris. Le lancement a été annoncé début juin 2026, au moment où le gestionnaire d’épargne responsable revendique plus de 300 millions d’euros d’actifs sous gestion. Pour la wealthtech française née en 2020, le signal est intéressant, car il montre que l’épargne responsable ne se limite plus aux contrats accessibles à quelques centaines d’euros.
Le positionnement s’adresse aux patrimoines financiers importants, avec un seuil de clientèle annoncé autour de 500 000 euros, mais des briques accessibles selon les cas à partir de 250 000 euros pour l’assurance vie luxembourgeoise et 30 000 euros pour certains actifs non cotés à impact.
Quatre briques pour construire une allocation sur mesure
L’offre repose sur quatre grandes familles de solutions. La première est l’assurance vie luxembourgeoise. Ce contrat intéresse les patrimoines élevés parce qu’il offre une grande souplesse d’allocation, une logique multi-actifs, parfois multi-devises, et le triangle de sécurité luxembourgeois. Les avoirs des souscripteurs sont séparés de ceux de l’assureur et déposés auprès d’une banque dépositaire. Pour un épargnant qui détient 300 000, 500 000 ou 1 million d’euros, cette architecture peut devenir un outil de protection et de diversification internationale.
La deuxième brique concerne les actifs non cotés à impact, comme le private equity, le venture capital, la dette privée ou les club deals. Un investisseur qui possède 800 000 euros de patrimoine financier pourrait conserver une poche liquide, une poche prudente, puis consacrer 30 000 à 100 000 euros à des actifs non cotés. En contrepartie, il accepte une liquidité plus faible, un horizon long et un risque de perte en capital.
Crédit lombard et produits structurés à manier avec méthode
La troisième brique est le produit structuré à impact. Ce type d’instrument peut combiner une protection conditionnelle du capital, un scénario de rendement et un support de financement vert ou social. L’idée est de rester exposé à un moteur de performance sans acheter directement un indice ou une action. En revanche, le rendement dépend du scénario prévu, de l’émetteur, des conditions de marché et de la date de sortie. Un produit structuré vendu comme protégé peut générer une perte en cas de revente avant l’échéance ou de défaut de l’émetteur.
La quatrième brique est le crédit lombard. L’investisseur emprunte en donnant son portefeuille en garantie, au lieu de vendre ses actifs. Exemple concret. Une personne détient 600 000 euros investis et souhaite financer 120 000 euros de travaux ou une avance sur un achat immobilier. Elle peut mobiliser une ligne de crédit adossée à son portefeuille, préserver l’antériorité de ses placements et éviter de déclencher immédiatement une fiscalité sur les plus-values. Mais si la valeur du portefeuille baisse fortement, la banque peut demander un renforcement des garanties.
Ce qui différencie Goodvest First des offres bancaires classiques
La différence principale tient à la méthodologie d’investissement responsable. Goodvest indique que ses portefeuilles affichent une trajectoire climatique moyenne de plus 1,71 degré, contre plus 3,9 degrés pour l’économie mondiale. La société met aussi en avant une assurance vie reconnue par Reclaim Finance comme très peu exposée aux énergies fossiles, ainsi que l’intégration de la biodiversité dans son analyse depuis 2024. Pour les investisseurs qui refusent de financer le pétrole, le charbon ou des secteurs incompatibles avec leurs convictions, cette granularité compte davantage qu’un simple label ESG.
Le recrutement de Clarisse Cousty, ancienne de Kimpa Impact Family Office, renforce la crédibilité patrimoniale du projet. Son rôle consiste à accompagner les clients depuis l’analyse de leur situation jusqu’à la mise en œuvre de la stratégie. La gestion privée doit prendre en compte la fiscalité, la transmission, la liquidité, la résidence fiscale, le risque, les besoins familiaux et la cohérence entre placements financiers, immobilier et projets personnels.
Pour quel profil d’épargnant cette offre a du sens
Goodvest First s’adresse surtout aux particuliers qui ont déjà constitué un patrimoine conséquent et qui ne veulent plus se contenter d’un contrat standard. Le profil type peut être un entrepreneur après une cession, un cadre dirigeant avec une forte capacité d’épargne, un héritier qui veut structurer son capital, ou un couple qui prépare sa transmission sans renoncer à ses convictions environnementales.
L’offre n’est pas adaptée à une épargne de précaution, ni à un investisseur débutant qui veut placer 5000 euros sans complexité. Elle devient pertinente lorsque le patrimoine financier permet de répartir les risques entre poche prudente, unités de compte, non coté et réserve mobilisable.
Les points de vigilance à garder en tête
- Le premier point concerne les frais. Goodvest affiche 0% de frais d’entrée, de sortie ou de versement sur ses offres classiques. Sur les contrats grand public, les frais tout compris indiqués vont de 1,55% à 1,75% pour le PER, de 1,65% à 1,85% pour Goodlife et de 1,75% à 1,95% pour Goodvie sur fonds cotés. Pour Goodvest First, les frais peuvent varier selon les supports retenus, notamment sur le non coté, les produits structurés et les solutions luxembourgeoises. Il faut donc demander une simulation nette, support par support.
- Le deuxième point concerne la liquidité. Le non coté, les club deals et certains produits structurés ne se revendent pas aussi facilement qu’un ETF mondial.
- Le troisième point touche au risque. Une offre engagée pour la planète reste un investissement. Elle peut baisser, sous-performer, immobiliser une partie du capital ou exposer l’épargnant à un risque d’émetteur.
Goodvest en pratique
Goodvest propose aujourd’hui plusieurs solutions d’épargne responsable, avec des niveaux d’accès différents selon le profil de l’épargnant.
L’assurance vie Goodvie est accessible dès 300 euros, avec des versements programmés possibles à partir de 50 euros. Goodlife donne accès au fonds euros Objectif Climat, qui a servi 3,26% net de frais de gestion en 2025, hors fiscalité et prélèvements sociaux. Le PER Goodvest permet de préparer la retraite avec une logique d’investissement responsable, là aussi dès 300 euros. Enfin, le Livret Goodvest affiche actuellement 2% annuel brut, sans frais d’ouverture, de versement ni de retrait, avec un capital garanti via CFCAL-Banque dans la limite du FGDR.
Au-dessus de ces solutions, Goodvest First s’adresse aux épargnants qui veulent passer d’un simple placement responsable à une stratégie patrimoniale plus poussée. L’offre combine notamment assurance vie luxembourgeoise, non coté, produits structurés et crédit lombard. Son intérêt est clair pour les patrimoines déjà solides. Sa limite l’est aussi : ces outils sont plus techniques, moins accessibles et demandent un véritable accompagnement. Pour une première épargne, les solutions classiques de Goodvest restent plus adaptées avant de monter en gamme.
Ceci n’est pas un conseil en investissement mais un partage d’information. Faites vos propres recherches. Il y a un risque de perte en capital.