Où sont passés des millions de billets de banque ?

Publié le - Auteur Par Olivier B.
Où sont passés des millions de billets de banque ?

Alors que la planche à billets tourne à plein régime (peut-être plus pour très longtemps), les paiements en cash ne font que décélérer. C’est le « paradoxe des billets de banque » comme l’a baptisé, en 2009, Andrew Bailey, alors qu’il était le directeur de la banque centrale britannique. Quel est donc ce tour de magie ? Quelles sont les hypothèses avancées par les experts ? Décodage.

Le cash décline, mais moins que ce qu’on pense

Cartes à puce, smartphone, montre connectée, biométrie, virements par sms : les moyens de paiement sont en constante évolution, mais le cash résiste. En France, 68 % des transactions sont réalisées en liquide.

Le paiement en liquide ancré dans les habitudes

Oui, l’adoption du paiement sans contact s’est accélérée avec la pandémie. L’application des gestes barrières a jeté le discrédit sur les billets et les pièces de monnaie, qui se transmettent de main en main, de porte-monnaie en porte-monnaie.

Toutefois, au pays de la carte à puce, les paiements en cash continuent de résister, notamment chez :

  •  les personnes âgées,
  • les personnes non bancarisées
  • et les personnes non numérisées.

Reste que la tendance à la baisse de l’utilisation de l’argent liquide est réelle.

Or, étonnamment, le volume de billets en circulation continue de croître.

Un article de The Economist relève un triplement de la valeur cumulée de toutes les pièces et billets en livre sterling, en vingt ans. Cette valeur s’élève à 89 milliards d’euros, mais un tiers seulement des liquidités s’échange lors de transactions classiques ou quotidiennes.

Un cinquième seulement des espèces utilisées

Le Royaume-Uni n’est pas le seul pays concerné. Les institutions relatent le même phénomène avec le dollar ou l’euro. D’ailleurs, en février 2021, la Banque centrale européenne (BCE) indiquait que 15 % à 20 % de l’argent liquide était utilisé au sein de la zone euro lors de transactions.



Voici quelques chiffres clés, au niveau de l’Eurosystème :

  • 1434 milliards d’euros, c’est la valeur des billets émis au 31 décembre 2020 ;
  • 26 euros, c’est le montant moyen du billet prélevé aux guichets de la Banque de France ;
  • 30,4 milliards d’euros, c’est la valeur des pièces en circulation au 31 décembre 2020.

Création de billets : à qui profite le crime ?

Logiquement, la baisse de l’usage du cash devrait donc entraîner une baisse de la création de billets. Ce n’est pourtant pas le chemin que prennent les banques centrales.

Le paradoxe des billets de banque

L’équation est simple : les banques centrales créent de l’argent pour que les banques commerciales puissent alimenter leur réseau de distributeurs automatiques de billets (DAB). Cela traduit donc une demande, alors même que les banques ont plutôt tendance à fermer leur DAB, en particulier dans les zones rurales et les quartiers densément urbanisés.

Baisse de l’usage du cash d’un côté. Hausse de la création de billets de l’autre. L’ex-directeur de la banque centrale britannique a baptisé ce phénomène le « paradoxe des billets de banque ». Où vont donc ces billets qui sont retirés dans les DAB, mais qui disparaissent de la circulation courante ?

Sur la piste des billets manquants

Les spécialistes émettent plusieurs hypothèses :

  • les gens accumulent du liquide « sous le matelas » ;
  • les transferts sortants se font en dehors de la zone euro ;
  • les taux d’intérêt trop bas nourrissent la thésaurisation ;
  • la défiance à l’endroit d’un système bancaire en faillite s’accroît.

Mais la principale raison demeure le monde interlope des mafias, organisations criminelles et terroristes, et autres gouvernements corrompus. C’est bien connu : payer en liquide ne laisse pas de traces. Surtout, les mallettes de billets qui transitent en catimini par-delà les frontières, sont un bon moyen de blanchir l’argent sale, en le réinjectant dans l’économie réelle, ni vu ni connu.

Alors, pourquoi ne pas ralentir la planche à billets ?

Certains évoquent le seigneuriage, c’est-à-dire le gain obtenu par les institutions au moment d’imprimer la monnaie. En effet, la valeur nominale d’un billet est moins élevée que son coût de production, une différence qui va directement… dans la poche des États !

De quoi ne pas inciter à freiner la planche à billets, même si ces liquidités finissent par servir au blanchiment d’actes mafieux ou au financement du terrorisme. Deux axes prioritaires pourtant de la 5ème directive européenne dites LCB-FT (Lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme) !

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