Les banques françaises : des colosses au pieds d’argile ?

Publié le - Auteur Par Stéphanie Thomas
Les banques françaises : des colosses au pieds d’argile ?

Selon l’ACPR, les 12 plus grands groupes bancaires français représentent 33% du total des actifs des établissements européens supervisés par la BCE. Un secteur bancaire national dans une « bonne situation » selon l’Agence qui supervise le système en France, mais qui est bien moins rentable par rapport à ses concurrents européens. Explications.


L’ACPR, l’Autorité de Contrôle Prudenciel et de Résolution, a rendu son rapport annuel le 16 octobre. Dans celui-ci, elle félicite les banques pour leur « très large respect des exigences de solvabilité » ainsi que « [leur] bonne situation de rentabilité ». Un commentaire qui correspond à leur très bonne situation par rapport aux autres banques européennes. Les groupes français possèdent 33% du total du bilan de l’ensemble des groupes supervisés par la BCE, bien devant leurs voisins européens : 20% pour les banques allemandes, 15% pour les banques espagnoles et 10% pour les banques italiennes.

 

Une position fragile sur le podium européen

Si ce sont des « poids lourds » dans le système bancaire européen, elles se situent quelque peu à la traîne au rang européen quant à leur solvabilité. C’est ainsi que le rapport pointe du doigt un « ratio agrégé de 14,2% », en dessous de la moyenne de la zone euro et de l’Union Européenne.
Si l’on se concentre sur la « rentabilité globale de leurs actifs » (RoA), cette dernière a très légèrement progressé. De 0,43% en 2017, elle est désormais à un niveau « proche de la moyenne des groupes de la zone euro (0,41%) », devant le Royaume-Uni ou l’Allemagne, mais derrière l’Italie et l’Espagne. Dans le détail, « Les RoA des banques françaises se positionne même en-deçà de la médiane des banques européennes comparables. »

Le point noir des banques françaises : le coût du capital

A l’heure actuelle, la rentabilité de leurs investissements est ce qui pose le plus problème, puisqu’elle « demeure inférieure à leur coût du capital ». En d’autres termes, les rendements des capitaux (cf. pointillés verts sur le graphique ci-dessous) sont inférieurs par rapport à leur coût (cf. courbe bleue). On constate donc que la nette fracture, conséquence de la crise de 2008, n’a pas réussi à être consolidée. Cet écart, aussi appelé Gap (en orange et noir) demeure donc négatif. Bien que cet écart se réduise depuis 2016, il persiste et freine l’amortissement des investissements réalisés par les banques françaises.

L’objectif : un modèle d’affaire sain

Les banques françaises doivent donc nécessairement assainir leur modèle d’affaires. Sinon, le risque est double, tant pour elles que pour l’économie globale. Si, pour elles, les risques sont de perdre la confiance des investisseurs, et donc, a fortiori, de perdre leurs futurs actifs, elles risquent également de fragiliser l’économie en lui fournissant des créances douteuses, dont nous avons eu l’expérience lors de la crise de 2008, et dont nous connaissons que trop bien les conséquences désastreuses.

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