Finance durable : hydrocarbures, l’Europe doit trancher

Publié le - Auteur Par Danielle B -
Finance durable : hydrocarbures, l’Europe doit trancher

La finance durable promet d’orienter l’épargne vers une économie bas-carbone. Pourtant, un point divise fortement en Europe : la place du pétrole et du gaz dans les fonds ESG et les fonds “climat”. L’enjeu est massif, car les encours mondiaux des fonds ESG dépassent 3900 milliards de dollars selon Morningstar (2025). Autoriser certains acteurs des hydrocarbures peut accélérer la décarbonation de secteurs difficiles. Mais une règle trop souple nourrit le risque de greenwashing et fragilise la confiance des épargnants. L’Union européenne s’apprête donc à clarifier les critères pour protéger l’investisseur et crédibiliser les labels.

Pourquoi les hydrocarbures font débat en finance durable ?

Le terme “finance durable” regroupe des produits qui intègrent des critères ESG (environnement, social, gouvernance) ou qui affichent un objectif “transition climat”. Dans l’esprit du public, ces placements financent des solutions compatibles avec l’Accord de Paris. Or, certaines stratégies incluent encore des entreprises liées au pétrole et au gaz.

Deux visions s’opposent. La première considère qu’une exposition aux énergies fossiles contredit l’objectif climatique. La seconde estime qu’exclure totalement ces acteurs retire un levier pour transformer des secteurs lourds.

Un paradoxe apparent : financer la transition avec du fossile

Inclure une major pétrolière dans un fonds “transition” choque souvent. Pourtant, une partie des émissions mondiales provient d’industries difficiles à décarboner. Acier, ciment, chimie ou transport maritime dépendent encore largement d’énergies fossiles.

Dans cette logique, certains gérants parlent de finance de transition. L’idée : financer des entreprises “en mouvement”, pas uniquement les “déjà vertes”. Cela suppose des critères stricts et mesurables.

La crainte centrale : le greenwashing

Le greenwashing consiste à présenter un produit comme plus vert qu’il ne l’est réellement. Avec des règles trop permissives, un fonds peut afficher un label durable tout en conservant une part significative de pétrole et de gaz. Le risque est double : décevoir l’épargnant et détourner des capitaux des vraies solutions climat.

Cette inquiétude est renforcée par les contrôles et sanctions déjà observés sur le marché. Les régulateurs européens et nationaux ont multiplié les rappels à l’ordre sur les allégations “vertes”. L’objectif est simple : aligner marketing et réalité du portefeuille.

Ce que l’Europe doit clarifier : définitions, labels, transparence

Le débat dépasse la simple opinion. Il touche au cadre réglementaire européen, conçu pour harmoniser ce qui peut être présenté comme “durable”. Sans règles communes, chaque acteur crée sa propre définition. Cela rend les comparaisons difficiles sur un comparateur bancaire, et brouille la lecture pour l’épargnant.

Taxonomie, SFDR, labels : de quoi parle-t-on ?

Plusieurs briques coexistent. Elles ne disent pas la même chose, mais elles se complètent.

  • La taxonomie européenne : une classification des activités économiques considérées comme durables selon des critères techniques.
  • SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) : des obligations de transparence sur l’intégration ESG et les impacts négatifs. Elle structure notamment les fonds dits “Article 8” et “Article 9”.
  • Les labels (publics ou privés) : des référentiels qui promettent un niveau d’exigence supplémentaire, souvent compréhensible pour le grand public.

La zone grise apparaît quand un fonds “climat” n’est pas strictement investi dans des activités taxonomiques, mais revendique une trajectoire de transition. Dans ce cas, la question devient : à quelles conditions le pétrole et le gaz sont-ils acceptables ?

La transparence comme ligne de défense

La transparence doit permettre de vérifier trois points : ce qui est détenu, pourquoi c’est détenu, et comment la trajectoire s’améliore. Sans indicateurs standardisés, la comparaison devient marketing.

Les gérants mettent de plus en plus en avant :

  • l’intensité carbone d’un portefeuille (émissions rapportées au chiffre d’affaires),
  • la part d’activités alignées avec la taxonomie,
  • des objectifs de réduction d’émissions “scope 1, 2, 3” (directes, énergie achetée, chaîne de valeur),
  • des politiques d’exclusion et de vote en assemblée générale.

Important : les “scopes” sont des catégories d’émissions. Le scope 3 est souvent le plus élevé pour l’énergie, car il inclut l’usage final des produits vendus.

Inclure ou exclure : les arguments des deux camps

Le sujet est complexe car il mélange climat, industrie et sécurité énergétique. Les arbitrages varient aussi selon l’horizon de temps : court terme (stabilité), moyen terme (transition), long terme (neutralité carbone).

Pourquoi certains veulent exclure pétrole et gaz ?

Les partisans d’une exclusion stricte avancent des arguments de cohérence et de signal-prix. Financer le fossile revient, selon eux, à prolonger un modèle incompatible avec l’objectif climatique.

  • Cohérence : un fonds “durable” doit éviter les activités qui augmentent les émissions.
  • Risque financier : actifs “bloqués” (stranded assets) si les politiques climatiques se durcissent.
  • Clarté pour l’épargnant : moins d’ambiguïtés, moins de déceptions.

Cette approche est fréquente dans les fonds “best-in-class” très exigeants, ou dans des offres qui visent une communication simple.

Pourquoi d’autres défendent une inclusion sous conditions ?

Les partisans d’une inclusion encadrée mettent en avant le réalisme industriel. L’idée n’est pas de “verdir” le fossile, mais de financer une baisse rapide des émissions et une sortie progressive. Comme le résume souvent l’économiste Nicholas Stern : “Le changement climatique est la plus grande défaillance de marché”, ce qui implique des incitations et des règles.

Dans cette logique, une entreprise liée au gaz peut être considérée, dans certains cas, comme un acteur de transition si elle :

  1. réduit fortement les fuites de méthane (gaz à effet de serre très puissant),
  2. investit significativement dans les renouvelables et réseaux,
  3. abandonne les nouveaux projets d’exploration incompatibles avec une trajectoire 1,5–2°C,
  4. publie une trajectoire vérifiable avec des jalons 2030 et 2050.

Ce camp insiste aussi sur l’engagement actionnarial : peser via le vote et le dialogue pour obtenir des changements mesurables.

Quelles règles possibles pour limiter le greenwashing ?

Pour trancher, l’Europe pourrait encadrer plus finement l’usage des termes “durable”, “climat”, “transition”, ainsi que les seuils d’exposition au fossile. Les solutions varient, mais plusieurs principes reviennent.

Des critères de transition mesurables

Une inclusion limitée pourrait être conditionnée à des objectifs chiffrés et contrôlables. Par exemple : baisse d’intensité carbone, trajectoire de capex (dépenses d’investissement) orientée vers le bas-carbone, et indicateurs méthane.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE/IEA), atteindre le net zéro d’ici 2050 exige une forte accélération des investissements dans les énergies propres. Cela renforce l’idée que les capitaux doivent aller vers les projets compatibles avec une trajectoire de baisse.

Des seuils et des exclusions claires

Les régulateurs peuvent imposer des limites simples à comprendre. Quelques exemples souvent évoqués sur le marché :

  • Exclure le charbon thermique et les projets d’expansion les plus émetteurs.
  • Limiter la part de revenus fossiles au-delà d’un seuil.
  • Interdire l’appellation “durable” si une part trop élevée du portefeuille dépend du pétrole.

Ces règles ont un avantage : elles sont lisibles sur une fiche produit. Elles ont un inconvénient : elles peuvent pénaliser des acteurs réellement en transformation mais encore “mixtes”.

Un contrôle renforcé des noms de fonds

Le nom d’un fonds est souvent le premier facteur de décision pour l’épargnant. Un encadrement des termes “ESG”, “vert”, “climat” ou “transition” réduit les ambiguïtés. L’objectif est de faire correspondre le titre du fonds à son contenu.

Ce que cela change pour l’épargnant et l’investisseur

Pour un public de comparateur bancaire, l’enjeu est très concret : choisir un produit cohérent avec ses valeurs et son horizon. Une clarification européenne facilite la comparaison entre fonds et limite les surprises.

Quelques réflexes utiles lors de l’analyse d’un fonds durable :

  • Vérifier la politique d’exclusion (charbon, pétrole, gaz, non-conventionnels).
  • Lire les indicateurs climat (intensité carbone, alignement, objectifs 2030).
  • Contrôler la part des 10 premières lignes et repérer les valeurs fossiles.
  • Regarder les frais et la cohérence du rendement avec la stratégie annoncée.
  • Comparer la catégorie SFDR et les documents réglementaires.

Un point clé : un fonds ESG n’est pas automatiquement un fonds “zéro fossile”. D’où l’importance d’un cadre harmonisé et de documents compréhensibles.

Green-Got : une banque verte qui écarte l’expansion des énergies fossiles

Pour les épargnants qui veulent aller plus loin que les simples labels ESG, Green-Got propose une approche particulièrement liée au débat sur le pétrole et le gaz. Souvent recherchée comme une banque verte, banque éthique ou banque écologique, Green-Got est juridiquement un établissement de paiement et propose des comptes, une assurance-vie et un PER orientés vers la finance durable.

Pour les comptes de paiement, l’argent des clients est cantonné auprès du Crédit Mutuel Arkéa : ces fonds ne peuvent pas être prêtés ou directement investis par Green-Got ou Arkéa. La différence apparaît surtout du côté de l’épargne. Avec son assurance-vie GG Planet, son PER responsable et ses fonds d’investissement, Green-Got applique une politique d’exclusion des entreprises participant à l’expansion de nouveaux projets pétroliers ou gaziers. Ses propres fonds annoncent même 0% d’exposition aux développeurs de nouveaux projets fossiles.

L’argent est davantage orienté vers des secteurs associés à la transition écologique : énergies renouvelables, mobilité bas-carbone, bâtiments, industrie et technologies environnementales. Green-Got reverse également 5% de ses revenus à sa Fondation, qui finance des projets environnementaux.

Cette alternative aux banques traditionnelles permet donc de mieux contrôler la destination de son argent, tout en conservant un compte et une carte pour le quotidien. Pour les nouveaux clients, 2 mois d’abonnement Green-Got sont actuellement offerts via notre lien avec le code comparateur-banque, selon les conditions de l’offre.

À retenir : crédibilité, climat et sécurité énergétique

La décision européenne doit résoudre une équation délicate. Trop de souplesse alimente le greenwashing et décrédibilise la finance durable. Trop de rigidité peut réduire la capacité à financer la transformation des secteurs les plus émetteurs.

Le bon compromis passe souvent par trois piliers : des règles de nommage strictes, des seuils lisibles et des critères de transition vérifiables. À la clé, une meilleure protection de l’épargnant et une orientation plus efficace des capitaux vers la décarbonation.

Quels critères devraient être obligatoires pour qu’un fonds “transition” puisse inclure du pétrole ou du gaz : seuils, trajectoires, exclusions, ou engagement actionnarial ?

Par Danielle B

Rédactrice spécialisée sur les sujets : Argent, banque, budget.

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